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Comment les entreprises comptent caser les élus du personnel

Selon le ministère du Travail, un tiers des 600 000 élus du personnel serait amené à disparaître du fait de la mise en place du comité social et économique.

Selon le ministère du Travail, un tiers des 600 000 élus du personnel serait amené à disparaître du fait de la mise en place du comité social et économique.

Avec le comité social et économique, 200 000 élus du personnel vont perdre leur mandat. Et devoir retrouver un poste.

Recours à des cabinets de conseil, reclassement interne ou externe, création de postes ad hoc… en ce début d’année 2019, entreprises et syndicats s’attellent sérieusement à « recaser » les élus du personnel qui vont perdre leur mandat en raison de la mise en place du comité social et économique (CSE), qui devra être achevée avant le 1er janvier 2020. Et l’inquiétude règne.

Aujourd’hui, ils sont environ 600 000. Selon le ministère du Travail, un tiers d’entre eux sont amenés à disparaître du fait de la fusion des comités d’entreprise (CE), des comités d’hygiène et de sécurité (CHSCT) et des délégués du personnel (DP) née des ordonnances Travail. Un casse-tête pour les DRH.

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Chez Bouygues Telecom, le nombre de mandats a été réduit de 40%; à la Maif, il a été divisé par deux; dans les boutiques Nespresso, le nombre de sièges du comité d’entreprise est passé de 35 à 11 quand il s’est transformé en CSE. Que faire des recalés et de ceux qui ne veulent pas rempiler ?

Certains de ces permanents ont quitté leurs responsabilités opérationnelles depuis parfois depuis 20 ans et n’ont pas du tout envie d’y retourner. A l’image de Jacques Mouton: « Après dix ans de syndicalisme à temps plein, je m’étais promis de reprendre mes fonctions, explique cet ex-coordinateur CFDT à Engie. Mais après avoir dirigé un syndicat, négocié avec la direction, acquis une grande liberté et des compétences, il est difficile, à 50 ans, de redevenir chef de chantier ». Pour toutes ces raisons et parce qu’il voulait se rapprocher de son lieu de résidence, il a décliné les propositions d’emploi (« intéressantes », admet-il) que lui faisaient Engie et son syndicat. Il a quitté son employeur et monté sa micro-entreprise, un cabinet de conseil en relations sociales, Libelus.

Des compétences devenues obsolètes

Parce qu’ils ne sont pas réélus, ou parce qu’ils ne souhaitent pas poursuivre une vie de militant qui empiète sur leur vie personnelle et sur leur carrière, tous les élus du personnel doivent un jour se « repositionner ». « La situation n’est pas nouvelle. Mais la création du comité social et économique la rend plus critique. Comme les managers RH ne savent pas repositionner les élus du personnel, ces derniers nous interpellent de plus en plus », explique Céline Châtelier, responsable des dispositifs d’accompagnement des mandatés dans le cabinet de conseil Catalys.

Pour les « petits » mandats (quelques heures de délégation par mois), la solution est simple: le retour au poste de travail à temps plein. Pour les mandats lourds, c’est plus compliqué, parce que leurs compétences professionnelles sont devenues obsolètes, qu’ils ne veulent pas revenir à leur poste initial – qui n’existe parfois plus – ou parce qu’ils sont « marqués ». Quelques-uns se replacent en interne dans les services RH, « après un sas de décontamination », sourit Jacques Mouton. D’autres quittent leur employeur pour créer leur activité ou travailler dans une mutuelle. Mais les places sont rares, pas assez nombreuses pour absorber les recalés du CSE.

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Le gouvernement s’est rendu compte qu’il ne pouvait plus se désintéresser du sort de ces milliers de sortants, qu’il en allait de sa réforme du dialogue social. Le rapport Gateau-Simonpoli de février 2018 relevait que « certains mandatés actuels risqueraient d’être d’autant moins enclins à se projeter dans le cadre futur qu’ils seraient angoissés par l’incertitude de leur propre devenir ».

Mais ce n’est qu’au mois de juin dernier, alors que le déploiement des CSE était déjà largement entamé, que les pouvoirs publics ont pris une première mesure concrète en faveur de leur reclassement: un arrêté transposant les compétences acquises au cours du mandat dans des titres professionnels. Les élus du personnel peuvent désormais obtenir partiellement des diplômes grâce aux compétences qu’ils ont acquises au cours de leurs mandats. Mais il faudra du temps pour que le dispositif monte en puissance et irrigue toutes les entreprises.

Des astuces pour recaser les sortants

En attendant, les solutions sont trouvées sur le terrain. Axa a mis en place des entretiens de « révélation de compétences », réalisés par le cabinet Sémaphores, afin de faire la liste de ce que les élus ont mis en pratique pendant leur mandat et qui peut éventuellement intéresser l’assureur. Surtout, le salaire des mandatés sortants n’est pas imputé sur le budget du service qu’ils rejoignent, afin de ne pas rebuter les managers. Ces deux dispositifs ont été décidés AVANT la négociation sur le CSE. « Nous nous sommes dit qu’il fallait sécuriser tout de suite la question des fins de mandat, pour que les délégués syndicaux puissent négocier sereinement l’accord », analysait Sibylle Queré-Becker directrice des relations sociales d’Axa lors d’une rencontre organisée par le média spécialisé News Tank RH, fin novembre.

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En juillet dernier, Sanofi a signé avec ses syndicats un accord consacré aux élus qui vont perdre leur mandat en 2018 et 2019. Le texte prévoit un accompagnement, avec la possibilité d’affecter les ex-mandatés « à titre transitoire sur des postes d’observation sans responsabilité opérationnelle » ou à une fonction de chargé de mission. Des postes créés ex nihilo.

Des astuces pour recaser les sortants

Chez AXA, on a adopté une autre stratégie, profiter de la mise en place des CSE pour créer en parallèle… de nouveaux mandats : des délégués syndicaux supplémentaires, des coordinateurs syndicaux, des représentants syndicaux, ainsi que 120 « représentants de proximité », dont plus des deux tiers ne sont pas élus par les salariés mais désignés par le CSE. Cette solution est souvent adoptée par les entreprises sous pression des syndicats. « Ils poussent à la création de mandats désignatifs, à la fois pour répondre à un authentique besoin de proximité, mais aussi pour contrebalancer la réduction du nombre de mandats électifs », constate Céline Châtelier.

A la Maif, le nombre de mandats d’élus au CSE a été divisé par deux, mais 122 mandats de représentants de proximité désignés parmi les salariés ont été créés. Chez Airbus, on appelle ces mandatés de proximité désignés par les organisations syndicales « représentants de la vie sociale ». Leur nombre est proportionnel aux effectifs de l’établissement. Air France a créé 256 mandats de représentants de proximité, eux aussi désignés par les syndicats.

Ces mandats ne compensent pas toujours la réduction des mandats électifs. Tout dépend du nombre d’heures de délégation qui leur sont attribuées. Mais ils atténuent les effets de la réforme. Les auteurs des ordonnances travail avaient eux-mêmes ouvert la porte en donnant un statut à ces représentants de proximité, sans les rendre obligatoires. Dans les entreprises qui en ont les moyens, c’est donc là, essentiellement, que se recasent les recalés du CSE.

Les entreprises se sont plaintes pendant des années qu’il y avait trop d’élus du personnel. Paradoxalement, alors qu’elles ont désormais la possibilité d’en réduire le nombre, elles en rajoutent.

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Des primes de performance pour motiver les salariés ? Ce n’est pas forcément une bonne idée…

Les employés peuvent élaborer des stratégies d’« embellissement de façade » coûteuses pour l’entreprise. AJR_photo / Shutterstock

Cette contribution est tirée de l’article de recherche intitulé « On the merit of equal pay : Performance manipulation and incentive setting » de Brice Corgnet, Ludivine Martin, Peguy Ndodjang et Angela Sutan, à paraître dans la revue « European economic review » du mois d’avril 2019.


« Tout travail mérite salaire », dit le proverbe et en effet, l’un des aspects clés des organisations qui réussissent est leur capacité de récompenser chaque membre en fonction de sa contribution réelle. Ceci implique, d’une part, un lien causal entre des objectifs définis et la rémunération, donc une contrainte : si les objectifs sont atteints, alors la rémunération suit, et son montant est dépendant de la proportion d’objectifs réalisés ; sinon, une éventuelle punition peut être mise en place. D’autre part, ceci implique une visibilité parfaite de la performance individuelle par le manager.

Mais est-il vraiment efficace d’adopter ce type de rémunération en termes de performance ? Ou alors la rémunération non contrainte, qui consiste tout simplement à attribuer le même salaire à tous les individus réalisant une même tâche, génère-t-elle plus de performance ? Des recherches récentes en sciences comportementales tendent à prouver que cette forme de mesure managériale non contrainte, la plus simple, est réellement efficace en termes de performance.

Puissance des « coûts d’influence »

Le principal problème vient tout simplement de ce qui est connu sous le nom de « coûts d’influence ». En effet, afin de pouvoir rémunérer à la performance, il faut disposer d’informations précises sur les réalisations individuelles, ce qui n’est pas toujours facile pour le manager. Il doit donc se fier en partie aux rapports des collaborateurs sur leur propre contribution, mais ces rapports sont susceptibles d’être biaisés.

Comme le fait de se présenter sous un jour positif apporte généralement des avantages financiers, les collaborateurs sont susceptibles de s’engager dans des activités d’« embellissement de façade », de manière à apparaître comme des contributeurs de premier plan. Ces activités, qui ont été largement documentées dans la littérature financière et comptable, résultent généralement de la dissimulation d’informations pertinentes, la falsification de documents, ou la manipulation ou l’influence flagrante des opinions des managers.

Quelle que soit la stratégie utilisée pour fausser les mesures du rendement, l’organisation subira les effets négatifs de ces activités de manipulation, car elles font perdre du temps et faussent les programmes d’encouragement. C’est ce qu’on appelle le coût de l’influence. La manipulation du rendement réduira la qualité de l’information dont disposent les managers, ce qui finira par affaiblir la corrélation entre la rémunération et les mesures du rendement.

Les incitations financières poussent les collaborateurs à s’engager dans des activités d’« embellissement de façade ».Hanna Kuprevich/Shutterstock

La manipulation de la performance est donc une explication possible de la force étonnamment limitée des incitations dans les contrats de travail réels. Il peut donc être optimal pour les organisations de limiter le pouvoir discrétionnaire du manager sur les décisions touchant la distribution des ressources.

Cela signifie que les entreprises peuvent adopter des règles bureaucratiques apparemment inutiles pour des raisons d’efficience. Par exemple, les entreprises peuvent éviter de donner des primes pour limiter les activités d’influence. Le recours généralisé à l’égalité salariale pourrait donc se justifier, malgré ses effets incitatifs négatifs, comme moyen de limiter les coûts d’influence.

Vertu de l’égalité de rémunération

Étant donné que la manipulation du rendement ne peut être efficace que si elle est cachée à la direction et que de telles activités pourraient être sévèrement punies, il n’est pas surprenant qu’aucune donnée archivistique fiable ne puisse être obtenue. Nous nous sommes donc fixés comme objectif de recueillir des données afin de mettre en évidence le compromis entre l’effet incitatif positif de la rémunération au rendement et son effet nuisible sur la promotion des activités d’embellissement de façade.

Pour produire des données sur la manipulation du rendement dans un contexte organisationnel et ainsi combler les lacunes empiriques de la documentation, nous avons créé un milieu de travail de laboratoire dans lequel les travailleurs peuvent, au lieu de faire un véritable effort, s’engager dans une activité de manipulation de la perception de leur performance, activité qui prend beaucoup de temps.

Nous avons démontré que dans une organisation sans manager, lorsque les activités d’embellissement de façade ne sont pas disponibles, le travail observé était égal à la contribution réelle ; en revanche, lorsque les activités d’embellissement de façade sont possibles, les collaborateurs en faisaient usage, et réclamaient une plus grande part de la production organisationnelle.

Ces activités étaient beaucoup plus répandues dans le cas de la rémunération à la performance que dans celui d’une rémunération égale. En conséquence, la production organisationnelle était significativement plus élevée en cas de rémunération égale qu’en cas de paiement à la performance. Cela signifie que l’effet bénéfique de l’égalité de rémunération sur la dissuasion des activités d’embellissement de vitrines a plus que compensé son effet incitatif négatif.

Les entreprises qui optent pour l’égalité de rémunération économisent les « coûts d’influence » qui pèsent sur leur performance. Focal point/Shutterstock

Nous avons également créé une organisation virtuelle dans laquelle les individus travaillaient sous la supervision d’un manager, afin d’évaluer dans quelle mesure les managers pourraient réduire la manipulation de la performance en ajustant les programmes d’incitation des travailleurs. À cette fin, nous avons mis en place un milieu de travail dans lequel les managers pouvaient à la fois surveiller le rendement des collaborateurs et fixer leur rémunération en toute discrétion.

Nous avons reproduit les mêmes résultats globaux : la production organisationnelle était beaucoup plus faible lorsque des activités d’embellissement de façade étaient disponibles. Cependant, les collaborateurs réalisent des manipulations plus sophistiquées : l’embellissement de façade est minimal, ils exagèrent leur mesure de rendement le moins possible, afin de ne pas être détectés.

Il apparaît ainsi clairement qu’un suivi intensif de la part du manager associé à des systèmes d’incitations faibles peut effectivement réduire l’ampleur des activités de manipulation de la performance. Et donc rendre l’entreprise plus efficace. Attention cependant à ne pas confondre paiement égalitaire avec salaire bas ! Les collaborateurs doivent comprendre avant tout que leur travail est valorisé.

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« En 2019, le Crédit Mutuel va poursuivre sa généralisation de l’IA »

L’interview
30/01/2019

Nicolas Théry, Président du Crédit Mutuel Alliance fédérale.

 

Nicolas Théry, Président du Crédit Mutuel Alliance fédérale.

Nicolas Théry revient sur l’utilisation de l’intelligence artificielle par le Crédit Mutuel. Il assure que le déploiement du robot Watson d’IBM ne créera aucun licenciement et indique que «le choix central de l’intelligence artificielle se vit aussi dans le dialogue social.»

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Arkéa investit dans la fintech Pytheas capital advisors

Afin de créer un « hub de services financiers », le Crédit mutuel Arkéa multiplie les investissements dans les fintechs

Le Crédit mutuel Arkéa annonce une prise de participation minoritaire au capital de Pytheas Capital Advisors. Conseil en investissements financiers, la fintech parisienne a été créée en 2014 par Ludovic Sarda. Elle propose aux entreprises des solutions de financement alternatives aux financements classiques. Elle développe notamment une solution de reverse factoring qui permet aux entreprises clientes de réduire leurs délais de paiement auprès de leurs fournisseurs. Le client propose à son fournisseur le financement de ses créances pour en percevoir, plus rapidement, le règlement via une société d’affacturage.

 

UN « HUB DE SERVICES FINANCIERS »

Par cet investissement, Arkéa dit « confirmer son positionnement au sein de l’écosystème des fintechs ».  « Arkéa s’inscrit dans une logique de réseau, de hub de services financiers. Le groupe crée ainsi de nouvelles interactions avec des partenaires qui proposent des activités complémentaires. Cette démarche privilégie l’expérience globale et la satisfaction du client », mentionne Bernard Le Bars, directeur du pôle produits d’Arkéa. Pytheas Capital Advisors travaille déjà depuis plusieurs mois avec Schelcher Prince Gestion, filiale d’Arkéa, pour structurer sa solution de reverse factoring et construire des fonds monétaires à forte valeur ajoutée. Arkéa rejoint, au capital de Pytheas Capital Advisors, les investisseurs historiques : Cedrus Partners, RTFS Investment et BTW Capital Management.

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Primonial est à vendre

Primonial est à vendre
Stéphane Vidal, président de Primonial.

A la tête de 37 milliards d’euros d’actifs gérés, le spécialiste de la gestion de patrimoine Primonial serait en passe d’être cédé par Bridgepoint, premier actionnaire devant Crédit Mutuel Arkéa.

Primonial, gestionnaire d’actifs et de patrimoine, distributeur de contrats d’assurance vie assurés par Suravenir, serait en passe d’être cédé par son actionnaire majoritaire. Bridgepoint, qui possède 56,2% de la société, aurait mandaté les banques d’affaires Rothschild et JP Morgan pour trouver un acquéreur, selon Les Echos. Le quotidien rapporte que Primponial pourrait être valorisé autour de 2 milliards d’euros.

Primonial, dont Crédit Mutuel Arkéa est le deuxième actionnaire (29,8%), gérait 36,8 milliards d’euros d’encours à fin 2018. En assurance vie, il a réalisé une collecte de 1,14 milliard d’euros l’année dernière.

Bridgepoint était entré au capital en 2017. Depuis, Primonial menait une stratégie de croissance externe, par le biais de prises de participation (notamment dans La Financière de l’Echiquier) et d’acquisitions (Aviarent).

D’après une source des Echos, « le processus de vente pourrait être enclenché d’ici à l’été ».

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Banque : être sociétaire, à quoi ça sert ?

Un vote

Vous êtes client du Crédit Mutuel, de la Banque Populaire, de la Caisse d’Epargne ou du Crédit Agricole ? Alors votre conseiller bancaire insiste peut-être pour que vous deveniez sociétaire… Quel pouvoir et quels avantages gagnerez-vous en échange ?

« Je suis sociétaire de ma banque depuis bientôt 2 ans… », témoigne Victoria. « Ils ne nous ont pas laissé le choix : quand on a signé notre crédit immobilier, c’était présenté comme non négociable. On a dû acheter 100 euros de parts sociales. Depuis ? J’ai reçu les invitations aux AG annuelles. C’est tout. Et notre compte parts sociales a été rémunéré de 98 centimes… »

Le forum cBanque fourmille d’anecdotes livrées par des sociétaires : un client qui achète des parts sociales pour bénéficier d’une remise sur les frais de tenue de compte, un autre qui se voit glisser un bulletin de souscription de parts sociales sans explications dans le dossier « prêt immobilier », une jeune cliente dont la conseillère remet le sujet du sociétariat au menu de chaque rendez-vous, etc. En revanche, peu de discussions sur les bénéfices de ce statut. En simplifiant, à la lecture de ces témoignages, on deviendrait sociétaire par accident ou par défaut puis… le sujet tomberait aux oubliettes. Alors, être sociétaire, à quoi ça sert ?

« Une banque qui appartient à ses clients… »

Le gendarme financier, l’AMF, le résume en une phrase : « Détenir des parts sociales, c’est devenir sociétaire de votre banque mutualiste et donc participer et orienter la stratégie de l’entreprise en votant lors des assemblées générales. » Les quatre grands réseaux communiquent d’ailleurs à l’envi sur le principe historique « un homme, une voix » dans leur documentation relative au sociétariat. Le Crédit Mutuel a même basé sa signature sur ce principe : « Une banque qui appartient à ses clients, ça change tout. »

« Notre rôle n’est pas d’être banquier »

« Notre rôle n’est pas d’être banquier », explique Jean-François Jouffray. Ce retraité de la fonction publique est président de la caisse locale Champs-de-Mars, à Paris, et vice-président de la fédération Ile-de-France. « Nous sommes là pour fixer la stratégie locale, contrôler l’activité de la caisse, en être ambassadeur à travers des événements locaux que l’on soutient, décider de l’orientation des investissements, etc. » La fonction de président de caisse locale est « totalement bénévole », insiste au passage Jean-François Jouffray, les indemnisations financières concernant les plus hauts élus des fédérations.

Devenir sociétaire : volonté des clients, ou contrainte ?

Les administrateurs des différents réseaux mutualistes, élus en assemblées générales par les sociétaires, sont logiquement prompts à vanter ce modèle. Qu’en pensent les sociétaires eux-mêmes ? Les témoignages recueillis ont un point commun : une relative indifférence, et ce même si ce système offre aux banques mutualistes une meilleure image que leurs concurrentes.

Devenir sociétaire à cause d’une « forte pression commerciale » ? « Intolérable ! »

Que pensent les associations de consommateurs du mutualisme bancaire ? S’investir dans sa banque, est-ce réellement utile ? La CLCV et l’UFC-Que Choisir reconnaissent ne pas avoir de position sur le sujet. Seule l’Afoc (Association FO consommateurs), par la voix du juriste Hervé Mondange, s’exprime sur l’intérêt de devenir sociétaire : « Pourquoi pas ? » Pas de contre-indication, donc, tout en soulignant que cela n’exonère pas ces établissements de possibles litiges avec leurs sociétaires, lequels restent avant tout « des clients ». Un bémol, d’importance : « Ce qui serait intolérable, ce serait qu’ils deviennent sociétaires à cause d’une trop forte pression commerciale ! »

De fait, historiquement, les statuts des banques coopératives prévoient que l’emprunt est réservé aux sociétaires. Un principe qui ne paraît pas intangible, du moins dans les discours des responsables mutualistes. « Notre volonté, c’est de développer le sociétariat d’adhésion », appuie ainsi Bertrand Schaefer, secrétaire fédéral de la Fédération nationale du Crédit Agricole (FNCA). « Si nous étions uniquement dans une recherche de nombre, nous pourrions avoir bien plus de sociétaires, mais cela n’a pas de sens. » Même écho du côté du Crédit Mutuel où le sociétariat est présenté comme une « préconisation » pour emprunter, et non une « obligation ».

Quels avantages pour les clients-sociétaires ?

Pour attirer les sociétaires, les banques leur réservent quelques avantages. L’accès à certains produits dédiés, comme les livrets sociétaires, dont la rémunération varie d’une caisse à une autre (jusqu’à 1,50% brut au Crédit Agricole Centre France). La rémunération des parts sociales s’approche, elle, parfois des 2% brut, grâce à la récente évolution de la formule de calcul du maximum légal.

« Des offres privilégiées et avantages sur des enseignes locales »

Chaque caisse régionale a la main sur les avantages dédiés aux sociétaires. Au niveau national, la Caisse d’Epargne met en avant son Club des sociétaires, lequel donne accès à « des offres privilégiées et avantages sur des enseignes locales ou présentes partout en France, dans différents domaines : sorties et loisirs, cinémas, sports, voyages, shopping, culture et patrimoine ». Le même type de club existe dans l’autre grand réseau de BPCE, la Banque Populaire. Et de façon très terre-à-terre, les AG annuelles sont présentées comme des événements parfois « festifs », avec un buffet, un spectacle ou un concert…

Un véritable pouvoir de décision ?

Au-delà des avantages matériels et financiers, à travers le principe « une personne, une voix », sur quelles décisions les clients-sociétaires peuvent-ils peser ? « En assemblée générale, les clients peuvent poser des questions précises », affirme le président de la Banque Populaire Grand Ouest (BPGO) Emmanuel Pouliquen. « Pour les cas particuliers, par exemple la question sur un conseiller qui est remplacé, on essaie de travailler en amont de l’AG. Mais c’est le moment le plus important de l’année. C’est là que sont élus les administrateurs. Or, le conseil d’administration challenge la direction générale de la banque : au niveau des statuts, l’organe central du groupe est une filiale des banques régionales. »

« Le directeur général nous rend des comptes »

Ancien chirurgien, le président de la BPGO Emmanuel Pouliquen estime que ce système de décision permet au réseau bancaire de coller aux préoccupations du terrain : « Je suis moi-même client-sociétaire. Le conseil d’administration, c’est un tour de table de gens qui ne sont pas banquiers : des chefs d’entreprise, des agriculteurs, des instituteurs, etc. » Quelles seront les décisions prises par le conseil d’administration d’un groupe régional comme BPGO ? « En période budgétaire, nous votons la réduction des frais généraux. Nous pouvons par exemple indiquer à la direction générale qu’une évolution du réseau ne va pas assez vite. Nous ne sommes pas l’exécutif de la banque mais un directeur général nous rend des comptes : il est important qu’il ait une cohésion de vues. » Ce cercle de décision stratégique, à l’échelle de la région ou du département selon l’enseigne, le client-sociétaire lambda n’y a pas accès. Mais il peut donc avoir un impact par délégation, en votant pour un administrateur, ou en se présentant candidat.

A un échelon plus local, Jean-François Jouffray, du Crédit Mutuel Ile-de-France, évoque l’existence de « réunions de clarté » permettant d’échanger sur des problématiques du quotidien de l’agence locale avec des chargés de clientèle. Autre exemple, dans l’actuel conflit des Crédits Mutuels (groupe Alliance fédérale face à Arkéa), ce sont les sociétaires qui auront la main dans le réseau Arkéa pour valider ou non définitivement le divorce.

Des sociétaires difficiles à mobiliser

Ce système se voulant démocratique a toutefois besoin de l’implication de ses sociétaires pour fonctionner. Or la mobilisation apparaît extrêmement disparate. Au Crédit Mutuel, on présente en exemple les AG d’« un millier de personnes » dans certaines caisses locales de la zone historique de l’Alliance fédérale, l’Alsace et le Grand Est. Mais, à Paris, pour de plus jeunes caisses, Jean-François Jouffray reconnaît sans ambiguïté la difficulté de mobiliser des sociétaires, à cause de leurs obligations familiales et professionnelles. A la Caisse d’Epargne, le taux moyen de participation aux AG est de 5,41%. Emmanuel Pouliquen, de la BPGO, reconnaît lui aussi qu’il est « de plus en plus difficile de mobiliser » : « On a institué le vote électronique, ce qui nous permet d’atteindre des taux de participation de 35% ou 40%. »

« Il n’y a pas d’enjeu en matière de capital social minimum à atteindre »

Au-delà de la vivacité démocratique, ou non, la question du recrutement de sociétaires est-elle vitale pour ces groupes bancaires ? Ont-ils besoin d’un nombre minimal de sociétaires, ou qu’un volume précis de parts sociales soit vendu ? Les responsables interrogés repoussent cette problématique en s’appuyant surtout sur le vivier existant : « Il n’y a pas d’enjeu en matière de capital social minimum à atteindre », répond Bertrand Schaefer, de la Fédération du Crédit Agricole, en mettant en avant une « détention moyenne » de parts sociales « proche de 700 euros » par détenteur, pour 10 millions de sociétaires en France. « L’objectif est d’avoir plus de sociétaires afin que le capital social ne soit pas trop concentré », précise tout de même le président de la BPGO Emmanuel Pouliquen. « Nous avons un tiers de sociétaires dans notre clientèle. L’idéal, c’est qu’ils le soient tous. »

 

En savoir plus sur https://www.cbanque.com

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La Caisse d’Epargne Grand Est va supprimer 550 emplois d’ici à 2022

Agence Caisse d'Epargne à Rennes en 2015

La banque, dont le siège est à Strasbourg, compte actuellement un effectif de « un peu plus de 3.000 » personnes.

Restructuration en perspective. La Caisse d’Epargne Grand Est Europe, née de la fusion des Caisses d’Epargne Alsace et Lorraine Champagne-Ardenne, va réduire ses effectifs de 550 emplois à l’horizon 2022 en ne remplaçant pas une partie des départs naturels, a-t-on appris vendredi auprès de la direction de l’établissement bancaire.

« La Caisse d’Epargne Grand Est Europe a prévu, dans le cadre de notre plan à moyen terme 2019-2022, de baisser ses effectifs de 550 emplois équivalent temps plein à l’horizon 2022 par remplacement partiel de nos départs naturels », a indiqué à l’AFP une porte-parole, confirmant une information des Dernières Nouvelles d’Alsace.

« Nous sommes dans un environnement qui bouge terriblement »

La banque, dont le siège est à Strasbourg, compte actuellement un effectif de « un peu plus de 3.000 » personnes. « Durant quatre ans, un tiers des départs prévus [retraite, démission, etc.] seront remplacés et il n’y aura aucun départ contraint », a-t-elle ajouté. Un plan de départs volontaires n’est également « pas envisagé ». « On est sur un plan d’adaptation et d’évolution de l’entreprise. (…) Nous ne sommes pas dans l’urgence », a affirmé la porte-parole de la banque.

« Nous sommes dans un environnement qui bouge terriblement et les banques, comme toutes les entreprises, doivent s’adapter à cette évolution et aussi à l’évolution des usages de nos clients, qui veulent plus de réactivité, plus de professionnalisme et ont plus d’attentes en matière de conseil », a-t-elle ajouté, précisant que des mesures « de formation et de montée en compétence » étaient prévues pour les employés.

Au sein du géant bancaire mutualiste BPCE, la Caisse d’Epargne Grand Est Europe est née en juin 2018 de la fusion des Caisses d’Epargne d’Alsace et de Lorraine Champagne-Ardenne, avec des sites administratifs à Metz, Reims et Nancy et quelque 2,6 milliards d’euros de fonds propres.

 

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Tempête historique sur les métiers de la banque

Pour digitaliser détruire massivement emplois banques s'atteler formation équipes.
Pour se digitaliser sans détruire massivement des emplois les banques doivent s’atteler à la formation de leurs équipes. – Michel GAILLARD/REA

Les fonctions administratives sont les plus à risques. Pour se digitaliser sans détruire massivement des emplois, les banques doivent renforcer la formation.

« Duplex,  l’assistant vocal autonome de la banque, repère les dossiers d’ouverture de compte incomplets et passe simultanément les 7 coups de fil de relance nécessaire. Il organise ensuite l’agenda des conseillers pour la semaine suivante et fixe les rendez-vous avec les clients… ». Ce scénario n’est pas esquissé par un géant de la Tech mais par la profession bancaire elle-même.

20 % des métiers vont disparaître

Dans une étude destinée à aiguiller les négociations de la branche professionnelle sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) qui doivent avoir lieu cette année, le cabinet de conseil HTS Consulting et l’Observatoire des métiers de la banque dressent le panorama du grand chamboulement que vont vivre les banquiers, sous la pression du digital.

Tempête historique sur les métiers de la banque

Selon leurs prévisions, 20 % des effectifs du secteur vont voir leur métier disparaître d’ici à 2025 et plus de 50 % vont le voir profondément évoluer. « Les transformations en cours dans l’industrie bancaire sont rapides et profondes et elles vont encore s’accélérer. Notre environnement digital, les évolutions technologiques, les nouvelles attentes de nos clients nous obligent à aller vite », prévient Béatrice Layan, responsable de l’Observatoire des Métiers de la Banque à la Fédération Bancaire Française (FBF).

Le basculement est déjà engagé

Les fonctions de gestion administrative (classement d’archives, filtrage d’appels…), de traitement d’opérations courantes et de recueil d’informations simples (passage d’ordre sur les marchés, recueil d’incidents de non-conformité…) sont les plus menacées.

« Les processus seront digitalisés et de nombreux traitements seront réalisés par la machine », prédit l’étude qui attend une industrialisation massive des outils d’intelligence artificielle dans le secteur. Les fonctions supports et commerciales vont aussi être mises sous tension pour s’adapter à tous les canaux digitaux.

Erosion lente et régulière des effectifs

Dans les faits, ce basculement est déjà largement engagé. Entre 2012 et 2017, selon cette même étude,  les chargés d’accueil , les gestionnaires administratifs et les gestionnaires de back-office ont tous subi une baisse de plus de 15 % de leurs effectifs dans les banques commerciales françaises (AFB). Et les banques taillent dans leurs réseaux d’agences.

En parallèle, pour répondre aux besoins d’experts, les recrutements de conseillers entreprises se sont accélérés (+34 % entre 2014 et 2017), tout comme ceux de spécialistes des données. Au global, le secteur bancaire n’est toutefois plus créateur d’emplois : depuis 2010, les banques françaises ont perdu 4 % de leurs effectifs.

Tensions sociales

Ce contexte anxiogène, qui rappelle les bouleversements dans l’industrie, suscite des tensions sociales. Début décembre, l’intersyndicale de BNP Paribas a appelé à des débrayages pour protester contre la dégradation des conditions de travail et l’absence de revalorisation générale des salaires. Une union syndicale qui n’avait pas eu lieu depuis vingt ans.

« Après la crise financière, les postes avaient diminué mais ce phénomène était masqué par la hausse des effectifs dans les services centraux compte tenu des nouvelles contraintes réglementaires. Maintenant, on arrive à la vérité des chiffres : l’érosion lente et régulière », note  Régis Dos Santos, président du Syndicat national de la banque et du crédit (SNB).

Le défi de la formation

Reste à savoir si ce phénomène doit s’accélérer avec la mue numérique des établissements. Sur ce point, les experts se veulent prudents. « Les emplois vont se transformer de façon très importante, en termes de volumes c’est historique, on voit l’impact de façon plutôt clair sur les métiers actuels, mais l’effet sur les créations d’emplois dans de nouveaux domaines reste incertain », estime Jean Bernard Girault chez président d’HTS Consulting.

Pour le moment, les « banques se sont fixées pour objectif de se transformer sans laisser personne sur le bord de la route », rappelle Béatrice Layan. Autrement dit sans recourir à des plans de départs volontaires massifs. L’exercice a jusqu’ici été facilité par la pyramide des âges du secteur, mais désormais se pose pour les banques  un défi inédit de formation de leurs équipes .

Sharon Wajsbrot, avec Thibaut Madelin
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Scission du Crédit Mutuel Arkéa : où en est-on ?

(Crédits : DR)
La confédération de la banque mutualiste a rompu les discussions avec le groupe régional brestois qui souhaite prendre son indépendance. Arkéa a proposé un « protocole de séparation » qui ne remplit pas les conditions exigées par l’organe central. Bercy refuse jouer les arbitres.

Dans la guerre interne qui déchire le Crédit Mutuel depuis cinq ans, la bataille de communiqués de presse a repris dès les premiers jours de l’année, après des mois de discrétion à la demande des autorités, lassées de voir deux camps s’éreinter par journaux interposés. Le pic avait été atteint au printemps, après que plus de 300 caisses locales du Crédit Mutuel Arkéa avaient voté à 94% en faveur de l’indépendance en avril dernier. Lundi 7 janvier, à l’issue d’un conseil d’administration, le groupe brestois Arkéa, composé des fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest, et de celle, plus petite, du Massif Central (qui ne souhaite pas quitter le giron du Crédit Mutuel), a exprimé son « incompréhension suite à la décision de la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM) de rompre de manière brutale et unilatérale les discussions. »

Réplique deux jours plus tard de l’organe central de l’ensemble mutualiste dénonçant « le refus des dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa de dialoguer sur la base de l’unité » et de prendre en compte ses exigences formulées en juin dernier.

« Six mois plus tard, le conseil d’administration de la Confédération constate qu’il n’a été saisi d’aucun projet de désaffiliation » fait valoir la CNCM dans un communiqué  du 9 janvier. « Si les dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa voulaient persister dans leur projet de sécession, il leur appartiendrait de déposer un projet de désaffiliation intégrant les demandes de l’organe central. »

Arkéa a rétorqué dans la journée pour « s’étonner » de cette réaction et rappeler que la demande de désaffiliation n’interviendrait qu’à « l’issue du vote des caisses locales sur les modalités et conséquences » de la sortie, prévu par la suite, « lorsque le dossier complet sera finalisé » avec les superviseurs, autrement dit l’Autorité de contrôle prudentiel et de supervision (ACPR, adossée à la Banque de France) et la Banque centrale européenne (BCE). « C’est un peu comme le Brexit : il faut négocier un accord de retrait, puis le soumettre au vote » analyse un haut fonctionnaire.

Les superviseurs ont demandé de nombreuses précisions sur le schéma envisagé de séparation, dévoilé en juin, notamment sur les parts sociales et la migration des caisses locales, qui transféreraient tous leurs actifs dans des succursales « miroir », filiales d’Arkéa. A l’issue des nombreuses itérations, le document remis à l’ACPR et la BCE est désormais un copieux mémo de 800 pages ! Arkéa espère obtenir un feu vert dans quelques semaines et croit pouvoir « imaginer raisonnablement un vote début 2019 » selon une source proche de la direction.

Un « protocole de séparation » sur la table

Le ton du communiqué du 9 janvier de la Confédération s’avère en réalité bien moins martial que celui employé dans un courrier cinglant adressé le 19 décembre par le président de la Confédération, Nicolas Théry, et le directeur général, Pascal Durand, au gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, et à la directrice générale du Trésor, Odile Renaud-Basso, courrier qui avait fuité dans la presse. Les dirigeants prévenaient que le prochain conseil d’administration de la Confédération allait prendre acte « qu’il convient de clore ce dossier après quatre années de conflit inutile » et affirmaient qu’il était de la responsabilité de la Confédération, mais aussi des autorités de supervision, « de cesser de perdre un temps précieux sur un dossier qui ne repose aujourd’hui sur aucune demande sérieuse. »

Autrement dit, à travers ce courrier également adressé en copie à Bercy, Matignon, l’Elysée, la BCE et Arkéa, la Confédération demandait le soutien des autorités pour tordre le cou au projet de sortie d’Arkéa. En février 2018, il y a près d’un an, Bercy avait publié un communiqué expliquant que le gouvernement ne souhaitait pas modifier la loi existante (le Code monétaire et financier qui régit le statut des groupes mutualistes) et que les pouvoirs publics partageaient les conclusions de la mission de Christian Noyer, affichant sa préférence pour le maintien de l’unité. La Confédération a-t-elle reçu une fin de non-recevoir ou un appel au calme ? Toujours est-il que son communiqué ne parle aucunement de fin des négociations ni de fermeture du dossier.

« Les discussions sont closes » confirme cependant une source proche de la Confédération. Du moins, « cette phase de négociation », sachant que les pouvoirs publics avaient poussé les deux parties au dialogue.

Les deux camps avaient échangé par le biais de leurs avocats respectifs jusqu’à la mi-décembre. Arkéa a transmis le 12 décembre un projet de « protocole de séparation » aux pouvoirs publics, adressé le lendemain à la Confédération, qui a refusé de signer l’engagement de confidentialité, jugé « contraire à l’esprit mutualiste. » Et donc de prendre connaissance des conditions financières de la sortie proposées par Arkéa.

« Les positions sont assez éloignées » reconnaît une source proche des pouvoirs publics, avec un sens certain de la litote.

Indemnités astronomiques

Dans ce courrier, que La Tribune a pu consulter, la Confédération indique qu’elle réclame 1,7 milliard d’euros d’indemnités, un montant astronomique à l’échelle des ressources d’Arkéa (qui a dégagé un produit net bancaire de 2 milliards d’euros et un bénéfice net de 428 millions en 2017), et ce afin « notamment de recréer un réseau en Bretagne et en Aquitaine », de « couvrir le préjudice subi » et de « compenser l’ensemble des coûts de l’opération liés au conflit et à la désaffiliation. »

Cette demande « ne repose sur aucun fondement juridique », constitue « une manœuvre qui s’apparente à une tentative d’extorsion » et est « incompatible avec les exigences prudentielles présentées à la BCE » arguent les dirigeants d’Arkéa dans un courrier en réponse qu’ils ont adressé aux responsables de la Banque de France, du Trésor et de la BCE, et que La Tribune a pu consulter. En coulisses, l’échange d’amabilités a repris de plus belle.

« La Confédération réclame à la fois des indemnités pour le passé et le futur. Elle a intérêt à charger la barque et à obtenir le maximum de contreparties dans ce divorce » observe une source proche du ministère.

Quitte à affaiblir dangereusement le « sécessionniste » ou à faire échouer le projet. Pas très mutualiste dans l’esprit ! L’organe central met notamment en avant « l’exigence légale et réglementaire de couverture nationale » qui lui incomberait. Cette obligation ne figure pas telle quelle dans le Code monétaire et financier, la Confédération la déduisant de sa compétence nationale et d’un jugement du Tribunal administratif de Paris évoquant « une répartition équilibrée des caisses sur l’ensemble du territoire national. » La CNCM nous explique qu’elle en conclut que « toute renonciation de la Confédération de maintenir (ou de reconstituer) le réseau Crédit Mutuel sur l’ensemble du territoire national pourrait être jugée illégale. »

Une interprétation qui donne matière à débat. L’affaire risque de ne pouvoir se résoudre que devant un tribunal. « Il y aura des rendez-vous contentieux. C’est le juge qui tranchera » prédit un haut fonctionnaire au fait du dossier.

« Le ministre ne souhaite pas être l’arbitre d’un conflit de droit privé » martèle-t-on à Bercy et encore moins « politiser le dossier », qui avait suscité la montée au créneau de nombreux élus locaux et parlementaires, y compris LREM, l’an dernier.

Mobilité des clients et pas de plan social

Le montant des indemnités constitue le point de désaccord le plus ardu à résoudre. L’autre pomme de discorde porte sur un éventuel accord de coexistence pacifique : Arkéa – qui s’est engagé à renoncer à la marque Crédit Mutuel et vient de signer un contrat de « naming » de dix ans de l’Arkéa Arena à Bordeaux – a demandé que les marques Crédit Mutuel de Bretagne et Crédit Mutuel du Sud-Ouest ne soient pas utilisées sur ses territoires pendant dix ans ! Un terrain d’entente sur une phase de transition, de 18 mois à 2 ans par exemple, semble cependant possible à trouver.

Les autres différends ne paraissent pas insurmontables. Quand la Confédération demande « la mise en place d’outils permettant le transfert des clients voulant rester au Crédit Mutuel », Arkéa affirme être prêt à discuter sur « la mobilité des clients et sociétaires » – sachant que le dispositif de la loi Macron sur la mobilité bancaire facilite grandement le changement de banque. Mais Arkéa précise qu’il doit s’agir de « concessions réciproques », ce qui impliquerait que cette mobilité soit possible pour les 30 caisses du Massif central (dont 27 ont voté pour Rester Crédit Mutuel en octobre). Or la Confédération avance que « le Crédit Mutuel du Massif central […] n’a rien à faire dans ce débat ».

L’organe central demande aussi un « engagement d’absence de plan social pendant cinq ans », tandis qu’Arkéa, qui emploie près de 10.000 personnes (y compris dans ses filiales comme la banque en ligne Fortuneo, installée en Bretagne), s’est engagée au « maintien des emplois ». Le groupe brestois a d’ailleurs fait de ce point l’un des arguments de son projet d’indépendance, contre un risque présumé de suppressions de postes en cas de maintien au sein du groupe Crédit Mutuel, qui accentuerait la centralisation autour du plus puissant ensemble, l’Alliance Fédérale (ex-CM11-CIC, dont le siège est à Strasbourg). La Confédération exige aussi un engagement sur l’absence de sanction contre les salariés ayant pris position en faveur du maintien au sein du Crédit Mutuel. Elle réclame aussi un « processus démocratique » lors du prochain vote dans chaque caisse, à bulletins secrets, à l’issue d’un débat contradictoire, alors que des manœuvres ont eu lieu pour empêcher des opposants de s’exprimer. Là aussi, Arkéa a promis de faire des « propositions constructives » sur le déroulement de la consultation.

Le chemin vers l’indépendance semble encore semé d’obstacles pour Arkéa mais « pas impossible » analyse une source proche des pouvoirs publics. Le calendrier d’un vote début 2009 paraît en revanche très optimiste.

 

Par Delphine Cuny  | 
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