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Brexit au Crédit Mutuel : un droit veto de l’organe central sur Arkéa ?

Le siège de la Confédération nationale du Crédit Mutuel à Paris.
Le siège de la Confédération nationale du Crédit Mutuel à Paris. (Crédits : Crédit Mutuel)
La Confédération, l’organe central de la banque mutualiste, veut faire adopter un cadre juridique à la désaffiliation du groupe régional breton Arkéa qui souhaite son indépendance. Opposée à ce divorce, elle s’estime seule décisionnaire, même en cas d’avis favorables des superviseurs bancaires. De quoi relancer la machine à contentieux.

Le parallèle avec le Brexit revient tout naturellement dès qu’il est question du Crédit Mutuel Arkéa : le groupe régional brestois veut quitter le giron de l’ensemble mutualiste et les administrateurs de ses caisses locales ont voté massivement en faveur de cette sortie en mars-avril dernier. Mais rien n’est prévu pour organiser la sortie et les parties se déchirent sur les modalités et la facture du divorce. La Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM), l’organe central du groupe, a donc voulu créer son propre « article 50 » en quelque sorte : elle va proposer lors de son prochain conseil d’administration lundi 18 février d’adopter une « décision de caractère général relative à la désaffiliation de caisses du Crédit Mutuel à leur demande. » L’objectif est de « poser un cadre réglementaire et éviter une désaffiliation désordonnée » indique une source proche de la Confédération, qui ne doute pas d’obtenir la majorité.

« Avec ce projet de décision de caractère général, la Confédération reconnaît enfin le principe même du droit à désaffiliation de chacune des caisses locales du groupe Arkéa » a réagi le groupe breton. Et d’ajouter que « s’agissant des conditions de désaffiliation, la CNCM ne peut se doter de pouvoirs excédant ceux prévus par la loi. »

Car la Confédération n’est pas tout à fait dans l’optique de la main tendue. Ce texte qui aura la force d’un « règlement au sens administratif » selon elle, lui donne la « compétence exclusive » sur la décision de désaffiliation. Elle estime que « seule la Confédération peut prononcer la désaffiliation d’une caisse de Crédit Mutuel », selon l’article 1er de ce texte que la Tribune a pu consulter.

Qui aura le dernier mot ?

La Confédération reconnaît qu’elle ne dispose « pas d’un pouvoir absolu de refuser » une désaffiliation mais assure qu’elle doit simplement motiver son refus « par des raisons d’intérêt général », plus précisément « les intérêts essentiels du groupe Crédit Mutuel. » Or elle n’a cessé de réaffirmer qu’elle s’oppose à ce projet de sortie d’Arkéa  jugé « risqué. »

La procédure de désaffiliation prévoit qu’il revient à la caisse souhaitant se désaffilier de déposer son projet d’indépendance à la CNCM qui ensuite autorisera ou non la consultation des sociétaires en assemblée générale extraordinaire. En cas d’approbation à la majorité des deux tiers en AGE, le conseil d’administration de la Confédération statue dans les deux mois, sur les « conditions définitives » de la sortie, dont « la date effective de la désaffiliation » et « le montant de l’indemnité » devant être versée à sa Caisse centrale.

En clair, la CNCM ne validera la procédure de divorce que si le projet répond à ses demandes d’indemnités financières élevées (1,7 milliard d’euros soit quatre ans de résultat net d’Arkéa !). A la fois juge et partie, la CNCM n’a pas prévu dans sa procédure de faire appel à une évaluation extérieure, indépendante, de la facture de sortie. A l’heure de la banque mobile et de la fréquentation en berne des agences, la Confédération justifie ses prétentions financières par son besoin de reconstruire un réseau de 150 caisses en Bretagne et dans le Sud-Ouest, les deux fédérations d’Arkéa voulant leur indépendance.

S’il assure ne pas se placer « dans une posture de blocage », l’organe central affirme qu’il aura le dernier mot, même après l’avis de la Banque centrale européenne (BCE) et de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR, adossée à la Banque de France) sur la viabilité d’un Arkéa en solo.

« L’avis des autorités de supervision ne vaut pas agrément. Si les autorités de supervision donnent un avis favorable au projet d’Arkéa et la Confédération un avis négatif, Arkéa ne sort pas. Il appartiendra à Arkéa de déposer un recours devant un juge administratif en excès de pouvoir par exemple » affirme une source proche de l’organe central.

Une sorte de droit de veto. Arkéa peut aussi saisir le Conseil d’Etat pour contester la validité de cette décision qui sera votée lundi prochain, mais sans garantie d’en obtenir la suspension de son entrée en vigueur prévue le 21 février. Le texte prévoit aussi qu’une caisse ne peut déposer de nouvelle demande de désaffiliation pendant trois ans…

Par Delphine Cuny  | 
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Arkéa. La confédération du Crédit Mutuel veut se réserver la décision finale


Nicolas Théry, le président de la Confédération nationale du Crédit Mutuel, prépare une tournée auprès des caisses locales bretonnes. (Photo d’archives Le Télégramme)

Avec un document de sa propre création, la Confédération nationale du Crédit Mutuel a bâti un cadre juridique pour répondre à la demande de désaffiliation d’Arkéa. Son conseil d’administration doit se prononcer, lundi, sur sa mise en œuvre.

Nouveau rebondissement dans le conflit qui oppose la Confédération du Crédit Mutuel à Arkéa, sa branche bretonne, en quête d’indépendance. Le conseil d’administration de la confédération aura à se prononcer, lundi prochain, sur « une décision à caractère général relative à la désaffiliation de caisses du Crédit Mutuel à leur demande ».

Du côté de la Confédération, on considère en effet qu’une telle désaffiliation, qui n’a pas de précédent dans le mouvement mutualiste bancaire, doit être validée à un double niveau. Aux autorités fiduciaires, à commencer par la BCE (Banque centrale européenne), de qualifier la viabilité économique de la future entité et de lui accorder (ou pas) son agrément. C’est pour cela qu’Arkéa doit présenter un projet, fort complexe à élaborer et qui tarde d’ailleurs à venir, dans sa forme définitive. De son côté, la Confédération considère qu’elle se doit de protéger les intérêts collectifs des sociétaires, des investisseurs et des salariés.

Un pare-feu juridique infranchissable ?

D’où le document juridique qui fait son apparition dans le débat et dont les dirigeants d’Arkéa s’empresseront probablement de contester le bien-fondé, devant le Conseil d’État. Avec un tel document, qui peut être interprété comme un pare-feu juridique infranchissable, la Confédération se présente en arbitre d’un litige dont elle est également actrice. Autrement dit, elle s’arroge le « droit premier » d’accepter une éventuelle désaffiliation et, par conséquent, de la refuser, même si elle admet la nécessité, dans ce cas de figure, d’en exposer les motifs.

Pour autant, elle n’a toujours pas répondu publiquement aux griefs avec lesquels Arkéa justifie sa volonté d’autonomie, en particulier l’intention de recentraliser un certain nombre de décisions au niveau national, aux dépens de son propre développement, alors qu’elle affiche des résultats brillants. L’indépendance peut aussi être un facteur de fragilité en cas de difficultés économiques, fait-on observer à la Confédération. Mais toujours sans s’en expliquer haut et fort. C’est sans doute pour y remédier que Nicolas Théry, prépare une tournée auprès des caisses locales bretonnes.
© Le Télégramme

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Sécession au Crédit Mutuel : l’organe central énonce un cadre juridique de désaffiliation d’Arkéa

Le siège du Crédit Mutuel à Strasbourg (Wacken) en 2009

La Confédération nationale du Crédit Mutuel, l’organe central du groupe bancaire mutualiste, a défini un projet visant à encadrer juridiquement la sortie de son affilié sécessionniste Arkéa, selon un document qu’a pu consulter l’AFP.

D’après ce projet, toute demande de désaffiliation de caisses locales doit au préalable « être notifiée » par sa fédération d’attache au conseil d’administration de la confédération, dont le rôle est d’assurer la cohésion et la solidarité entre les différentes fédérations régionales.

Chaque dossier de désaffiliation devra expliquer notamment comment seront préservés « le fonctionnement normal du groupe Crédit Mutuel », « la protection des droits des sociétaires et des clients », le « respect de la marque Crédit Mutuel » ou encore aborder l’« indemnisation du groupe Crédit Mutuel », selon le document de la CNCM.

Après étude de ce dossier, dans les deux mois suivant sa réception, le conseil d’administration de la CNCM pourrait donner son feu vert à un vote des sociétaires, réunis en assemblée générale extraordinaire, pour se prononcer sur le projet de désaffiliation proposé par les dites caisses.

En cas d’approbation à la majorité des deux tiers des sociétaires présents, la CNCM statue alors sur cette demande de séparation en arrêtant ses « conditions définitives » telles que « la date effective de la désaffiliation » ou « le montant de l’indemnité » devant être versée à sa Caisse centrale.

En cas de désapprobation par les sociétaires, « la fédération concernée ne peut transmettre une nouvelle demande de désaffiliation » de cette caisse avant trois ans, précise le document de la CNCM.

Ce document sera proposé au vote du conseil d’administration de la CNCM, a indiqué à l’AFP une source proche dossier, précisant que l’objectif était de définir « un cadre juridique » pour la sortie d’Arkéa du groupe Crédit Mutuel.

Selon cette même source, il ne concernerait pas la fédération du Massif Central, juridiquement sous le giron d’Arkéa, mais qui avait annoncé en octobre vouloir rejoindre Crédit Mutuel Alliance Fédérale.

Après des années de conflit ouvert avec la CNCM, Arkéa, union des trois fédérations de Bretagne, Sud-Ouest et Massif Central, avait annoncé début 2018 son intention de voler de ses propres ailes. Depuis décembre dernier, les discussions autour des modalités du divorce entre les deux entités se sont enlisées.

Notamment au cœur des tensions, la demande par la CNCM d’une compensation de 1,7 milliard d’euros destinée à recréer un réseau Crédit Mutuel en Bretagne et en Aquitaine et à compenser l’ensemble des coûts de l’opération liés au conflit et à la désaffiliation.

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Découvert : les autres banques vont-elles imiter le Crédit Mutuel Arkéa ?

Couple en difficulté financière

Le Crédit Mutuel Arkéa a annoncé qu’il allait supprimer les frais d’incidents de paiement pour certains clients fragiles. La banque bretonne va-t-elle inspirer ses concurrentes ? Rien n’est moins sûr.

C’est ce qu’on appelle un joli coup. Vendredi dernier 1er février, la banque bretonne, maison mère des Crédits Mutuels de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif Central, annonçait qu’elle renonçait à facturer des frais d’incidents de paiements – commissions d’intervention, frais de rejet, lettres diverses, etc. – aux clients en difficultés financières, à condition qu’ils soient équipés de son offre spécifique clients fragiles (OCF).

50 000 clients, dont la fragilité financière a été détectée, sont concernés, annonce la banque. Potentiellement : tous en effet n’ont pas souscrit cette OCF. A l’échelle nationale, si toutes les banques ont en effet l’obligation de proposer une OCF , seul un client fragile sur 10, environ, en est équipé, selon la Banque de France.

Ce faisant, Arkéa va plus loin que l’engagement, pris par le secteur bancaire en septembre 2018, d’instaurer un plafond de frais de 20 euros par mois, et 200 euros par an, pour cette catégorie de clients.

Arkéa premier de cordée ?

Arkéa va-t-elle lancer la mode ? Peut-on envisager un alignement de ses concurrents sur cette exonération, voire le début d’une surenchère ? C’est peu probable. Nous avons en effet contacté les principales banques de la place pour connaître leurs intentions. Leurs réponses ont été rares. Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale et Banque Populaire-Caisse d’Epargne (BPCE) n’ont pas donné suite. La Société Générale, elle, n’a pas souhaité fournir de réponse. Les autres (La Banque Postale, BNP Paribas, LCL) ont promis une réponse, qui n’est pas encore venue à l’heure de publier ces lignes.

Seul le Crédit Agricole nous a transmis sa position. Il fait le choix du statu quo : « Nous mettrons en place les recommandations FBF, soit 25 euros pour les clients fragiles et le plafond de 20 euros pour les clients fragiles détenteurs de l’OCF », écrit la communication de la banque verte, dont, il faut le rappeler, certaines des caisses régionales ont fait le choix d’instaurer un plafond de frais (300 euros par mois) pour tous leurs clients, fragiles ou non.

Un impact à nuancer

Le peu d’empressement des autres banques à répondre laisse supposer qu’Arkéa restera, au final, la seule enseigne à opter pour une telle exonération. Le coup de com’ est ainsi réussi, estime Fabien Tocqué, coordonnateur du pôle Economie de l’Union nationale des associations familiales (Unaf), en première ligne sur la question des frais d’incident. « Cela confirme que la problématique des frais en cascade est devenue une question d’image pour certains établissements, grâce notamment à l’action des associations et à la prise de conscience du grand public », estime-t-il. Pour autant, « cela ne devrait pas coûter grand chose à Arkéa. L’exonération ne concerne en effet que les bénéficiaires de l’offre spécifique. Offre qui, parce qu’elle intègre des moyens de paiement très restrictifs (carte à contrôle de solde, absence de chéquier), rend quasiment impossible le passage dans le rouge. »

L’OCF, de plus, « ne convient pas à ceux à qui on la propose, qui ont besoin de plus de souplesse pour boucler leurs mois », poursuit Fabien Tocqué, qui appelle de ses vœux d’autres solutions plutôt tournées vers la prévention : « Aujourd’hui, il faut être en grande difficulté, et donc payer déjà beaucoup de frais d’incidents, pour être détecté comme client fragile et bénéficier de l’OCF et des plafonds de frais. Il serait préférable d’agir plus en amont, et à destination de tous les publics. »

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Capital-investissement : le pari gagnant d’Arkéa

Jean-Pierre Denis, président du Crédit Mutuel de Bretagne Arkéa .
Jean-Pierre Denis, président du Crédit Mutuel de Bretagne Arkéa . | Daniel FOURAY

La banque mutualiste accompagne le développement des PME et ETI dans la durée et finance les innovations numériques et sociétales.

Accompagner les jeunes pousses de l’économie. Conforter les PME et les entreprises de taille intermédiaire. Le Crédit Mutuel Arkéa a fait du capital investissement un levier de développement.  « Un peu à contre-courant du marché. Pour les autres banques de la place, ce serait plutôt 2, 3 ou 4% », explique Jean-Pierre Denis, le président de la banque mutualiste. Une situation qui s’explique par les règles prudentielles exigées par le régulateur financier.

Un pari gagnant

Dix ans après avoir pris ce virage, ce pari se révèle gagnant avec 1 milliard d’euros de fonds sous gestion. 2018 a conforté cette orientation avec 200 millions d’euros investis dans des start-ups, PME et ETI en 2018. « C’est trois fois plus que la moyenne des dix dernières années. » Arkéa dispose aujourd’hui de 1 milliard d’euros de fonds sous gestion dont 425 millions d’euros en réserve de trésorerie.
Le capital investissement a contribué à 10 % du résultat net du groupe en 2018. Les sommes investies peuvent aller jusqu’à 70 millions d’euros. Sans s’interdire d’aller au-delà si c’est nécessaire. L’objectif étant d’accompagner dans la durée des familles ou des managers.

Négocier les virages de l’économie

« Nous avons un horizon d’investissement plus long que la moyenne du marché. Certaines lignes sont dans notre portefeuille depuis une vingtaine d’années, ajoute Jean-Pierre Denis. Nous contribuons ainsi au développement de l’économie régionale. » C’est le cas par exemple avec Armor. L’entreprise historiquement positionnée sur le papier carbone a su se réinventer en devenant le leader mondial des étiquettes code-barres. Cette société basée à Nantes amorce aujourd’hui un nouveau virage avec la fabrication de panneaux photovoltaïques souples.

Permettre à des équipes de reprendre ou conserver le contrôle d’une société. Mais aussi négocier les virages de l’économie de demain. Avec We Positive Invest, Arkéa dispose d’un fonds (20 millions d’euros) dédié aux innovations sociétales ainsi que technologiques et numériques avec West Web Valley (34 millions d’euros).

Arkéa est aussi présent dans d’autres fonds d’investissement: Sofiproteol, Raise, Blackfin, Tertium management, Frenchfood capital, Isai, Gocapital, Daphni.

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Finance : désastre en vue?? les établissements bancaires sont donc invités à jouer la carte de la prudence. Ce que ne semble pas entendre Jean-Pierre Denis, le patron d’Arkéa

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Alors que l’occurrence d’une crise financière apparaît de plus en plus probable, les banques européennes ont plutôt intérêt à jouer la carte de la prudence, leur secteur pouvant être fortement impacté.

Et si, 10 ans après l’une des plus grandes catastrophes financières de l’histoire, les banques du Vieux Continent n’étaient pas tirées d’affaire?? Immédiatement après la crise des subprimes, en 2008, le secteur bancaire européen a renforcé sa législation pour éviter que ses établissements ne s’effondrent, moyennant quelque 2?000 milliards d’euros. Problème : de nombreux analystes commencent sérieusement à pointer du doigt la faiblesse de leur système immunitaire. En vue, notamment, du prochain marasme financier qui, selon eux, devrait intervenir très bientôt.

«?Tempête parfaite?»

Les banques, malgré quelques mesures conjoncturelles adoptées il y a une décennie, sont retombées dans leurs travers d’avant-crise. Et «?les quelques réformes qui ont été adoptées, quand les souvenirs de la catastrophe étaient encore vifs et la volonté politique forte, ne suffiront sans doute pas?», s’alarmait un rapport de l’organisation Finance Watch en septembre dernier. Maximisation (risquée) des profits, dette publique mondiale abyssale (237?000 milliards de dollars, soit +40 % en 10 ans), hausse du loyer de l’argent et, par conséquent, des crédits — in fine de l’endettement privé… Les sources d’inquiétude sont pléthoriques.

Si l’on en croit l’économiste Nouriel Roubini, l’un des rares à avoir prédit la crise des subprimes, une «?tempête parfaite?» serait ainsi sur le point de toucher le monde de la finance. Dont les conséquences seraient même pires qu’il y a 10 ans. Pas franchement rassurant. D’autant moins en Europe, où la prochaine déflagration pourrait venir du marché de l’immobilier, annonçait Danièle Nouy, présidente du conseil de supervision au sein de la Banque centrale européenne (BCE), il y a quelques mois. Certains établissements n’ayant pas réussi à se munir, entre autres, d’un «?système de garantie des dépôts?» permettant de rembourser les déposants en cas de défaillance de la banque.

Surtout, les analystes redoutent qu’une croissance portée en grande partie par l’endettement public ne fasse s’effondrer tout le système bancaire du Vieux Continent. Le bilan de la BCE représente effectivement 41,4 % du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro (soit deux fois plus que celui de la Fed aux États-Unis)?; un déluge de liquidités qui aplatit complètement la courbe des taux, faisant ressurgir dans les médias spécialisés quelques termes honnis, comme celui de «?prêts pourris?» (subprimes en anglais) par exemple. «?Alors oui, la prochaine crise financière peut tout à fait apparaître en Europe, et plutôt dans le secteur bancaire que sur les marchés boursiers?», avertit l’économiste Philippe Herlin.

Rôle des autorités bancaires

Autrement dit : ce n’est pas le moment, pour les banques, de partir à l’aventure. Alors qu’une crise financière apparaît de plus en plus probable — ceci dès cette année —, les établissements bancaires sont donc invités à jouer la carte de la prudence. Ce que ne semble pas entendre Jean-Pierre Denis, le patron d’Arkéa, la filiale bretonne du Crédit Mutuel, qui ne cesse de militer pour l’indépendance de sa structure depuis plusieurs mois. Cela quand bien même les autorités politiques et financières, françaises comme européennes, se sont succédé pour l’avertir des risques qu’il faisait courir aux quelque 300 caisses locales d’Arkéa… Et aux 3 millions de Français dont il gère l’épargne.

Car une fois indépendante, Arkéa cesserait d’être mutualiste et pénétrerait dans le monde capitaliste. Mais sans en avoir les armes. L’établissement breton devrait alors s’acquitter envers son ancienne maison-mère d’une indemnité évaluée à 1,7 milliard d’euros. Pas franchement l’idéal lorsqu’on se lance «?à son compte?». Sans oublier, donc, la crise financière qui guette l’Europe, et le secteur bancaire en particulier.

L’affaire Arkéa pose la question du rôle des autorités bancaires française et européenne. Ces dernières ont en effet mis en garde la banque bretonne à plusieurs reprises, mais sans jamais lui interdire explicitement de mener son projet d’indépendance à son terme. Une négligence qui contraste avec la volonté des deux piliers de l’Europe que sont la France et l’Allemagne de «?renforcer les mécanismes de sécurisation des banques?» sur le Vieux Continent.

Les deux pays semblent en effet avoir compris qu’une nouvelle crise financière est aux portes de l’Europe et souhaitent être prêts à parer à toute éventualité. Reste à savoir si les mesures décidées au plus haut sommet de l’État seront bien appliquées et, si elles le sont, suffisantes.

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Capital-investissement : le pari gagnant d’Arkéa

Jean-Pierre Denis, président du Crédit Mutuel de Bretagne Arkéa .

Jean-Pierre Denis, président du Crédit Mutuel de Bretagne Arkéa . | DANIEL FOURAY

La banque mutualiste accompagne le développement des PME et ETI dans la durée et finance les innovations numériques et sociétales.

Accompagner les jeunes pousses de l’économie. Conforter les PME et les entreprises de taille intermédiaire. Le Crédit Mutuel Arkéa a fait du capital investissement un levier de développement.  « Un peu à contre-courant du marché. Pour les autres banques de la place, ce serait plutôt 2, 3 ou 4% », explique Jean-Pierre Denis, le président de la banque mutualiste. Une situation qui s’explique par les règles prudentielles exigées par le régulateur financier.

Un pari gagnant

Dix ans après avoir pris ce virage, ce pari se révèle gagnant avec 1 milliard d’euros de fonds sous gestion. 2018 a conforté cette orientation avec 200 millions d’euros investis dans des start-ups, PME et ETI en 2018. « C’est trois fois plus que la moyenne des dix dernières années. » Arkéa dispose aujourd’hui de 1 milliard d’euros de fonds sous gestion dont 425 millions d’euros en réserve de trésorerie.

Le capital investissement a contribué à 10 % du résultat net du groupe en 2018. Les sommes investies peuvent aller jusqu’à 70 millions d’euros. Sans s’interdire d’aller au-delà si c’est nécessaire. L’objectif étant d’accompagner dans la durée des familles ou des managers.

Négocier les virages de l’économie

« Nous avons un horizon d’investissement plus long que la moyenne du marché. Certaines lignes sont dans notre portefeuille depuis une vingtaine d’années, ajoute Jean-Pierre Denis. Nous contribuons ainsi au développement de l’économie régionale. » C’est le cas par exemple avec Armor. L’entreprise historiquement positionnée sur le papier carbone a su se réinventer en devenant le leader mondial des étiquettes code-barres. Cette société basée à Nantes amorce aujourd’hui un nouveau virage avec la fabrication de panneaux photovoltaïques souples.

Permettre à des équipes de reprendre ou conserver le contrôle d’une société. Mais aussi négocier les virages de l’économie de demain. Avec We Positive Invest, Arkéa dispose d’un fonds (20 millions d’euros) dédié aux innovations sociétales ainsi que technologiques et numériques avec West Web Valley (34 millions d’euros).

Arkéa est aussi présent dans d’autres fonds d’investissement: Sofiproteol, Raise, Blackfin, Tertium management, Frenchfood capital, Isai, Gocapital, Daphni.

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Arkéa. Les ambitions dans le capital-investissement à l’appui du projet d’autonomie

Jean-Pierre Denis, le président du Crédit mutuel Arkéa. (Photo Le Télégramme)

Arkéa s’est imposé comme un acteur majeur du capital-investissement. Tel est le message que Jean-Pierre Denis, le président du groupe, a voulu faire passer, mardi matin, à l’occasion d’une conférence de presse consacrée à ses résultats 2018 dans ce secteur. C’est là le prolongement d’un choix stratégique qui remonte à une dizaine d’années. « Nous avons préféré cela aux obligations grecques », souligne Jean-Pierre Denis.

Les chiffres sont aujourd’hui éloquents : Arkéa consacre un milliard d’euros à ses fonds de gestion, soit 15 % de ses fonds propres, ce qui est bien supérieur aux ratios des autres établissements de la place. Il le fait à travers cinq « véhicules » qui ont ainsi investi 200 millions en 2018, multipliant par trois la moyenne des années précédentes, et qui disposent encore d’un peu plus de 400 millions de réserves. Ces investissements concernent les start-up et le digital, les PME et les ETI (entreprises de taille intermédiaire). « Nous nous associons plus à des équipes et à des familles qu’à des entreprises, » précise Jean-Pierre Denis. Ces prises de participation s’inscrivent généralement dans le long terme (jusqu’à dix ans).

Nous sommes minoritaires même si nous pouvons apporter jusqu’à 70 millions

« Nous sommes minoritaires même si nous pouvons apporter jusqu’à 70 millions, mais nous avons aussi des liens avec des fonds d’investissement qui, eux, ne font que du majoritaire », explique Marc Brière, président du directoire d’Arkéa-Capital. Si le groupe est prompt à revendiquer sa personnalité bretonne, elle est cependant moins marquée pour son activité de capital-investissement. Ainsi, seulement 34 % de son portefeuille de participations concerne des entreprises de sa région d’attache, contre 20 % pour l’Ile-de-France, 20 % pour les Pays-de-la-Loire et 9 % pour la Nouvelle-Aquitaine.

Et d’ailleurs, c’est sur cette dernière région que Jean-Pierre Denis a choisi de mettre le focus lors de sa présentation. « Le président du Conseil régional a identifié Arkéa comme un acteur particulier dans l’écosystème de sa région », affirme-t-il. C’est en tout cas en Nouvelle-Aquitaine qu’Arkéa a besoin de se consolider dans la perspective de la scission d’avec le Crédit mutuel que ses dirigeants veulent imposer. Un projet qui ne progresse guère. Le Télégramme est ainsi en mesure de révéler qu’une médiation secrète, menée sous l’égide du Secrétaire général du gouvernement, au second semestre 2018, a abouti à une impasse.

© Le Télégramme

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Crédit Mutuel Arkéa renonce aux frais d’incidents bancaires pour ses clients fragiles

Agence du Crédit Mutuel de Bretagne à Plabennec en 2016.

Le Crédit Mutuel Arkéa, qui rassemble les fédérations Bretagne, Sud-Ouest et Massif Central du groupe bancaire mutualiste, a annoncé vendredi renoncer à imposer des frais d’incidents bancaires aux personnes bénéficiaires de son offre dédiée à la clientèle fragile.

« À compter du 1er février 2019, Arkéa supprime tous les frais d’intervention pour ses clients équipés de son offre spécifique clientèle fragile, dénommée Budg’Equilibre », a fait savoir la banque dans un communiqué.

« 50.000 clients actuels des fédérations de Crédit Mutuel du groupe Arkéa sont potentiellement concernés par ce dispositif, sur la base d’une libre adhésion à l’offre Budg’Equilibre. Ces personnes qui supportent actuellement des frais bancaires de 400 euros par an et par personne ne supporteraient alors plus aucun frais d’irréguliers », est-il ajouté.

Pour Arkéa, qui compte au total 2,5 millions de clients, cette décision pourrait potentiellement se traduire par un renoncement à un chiffre d’affaires compris « entre 6 et 7 millions d’euros », a précisé à l’AFP son directeur général Ronan Le Moal.

Les autres clients, ceux considérés comme non fragiles, pourront de leur côté bénéficier d’une commission d’intervention non facturée par an au nom d’un « droit à l’erreur ».

Ce faisant, le groupe bancaire va plus loin que les engagements pris fin 2018 par la profession bancaire devant le gouvernement.

Réunis à l’Élysée pour apporter leur réponse à la crise des « gilets jaunes », les patrons des plus grandes banques françaises s’étaient engagés mi-décembre à plafonner ceux liés aux incidents bancaires à 25 euros mensuels pour les populations les plus fragiles et à geler les frais bancaires en 2019.

Quelques mois plus tôt, le secteur bancaire français s’était aussi solennellement engagé auprès du gouvernement français à plafonner les frais d’incident bancaire à un maximum de 20 euros par mois et 200 euros par an pour les clients bénéficiant de l’« offre spécifique », formule régie par la loi et proposée par toutes les banques qui regroupe des services bancaires de base pour trois euros mensuels maximum.

 

  • Paris, 1 fév 2019 (AFP)