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Pierre Gautier : « Si Arkéa sortait du Crédit Mutuel, sa rentabilité pourrait être plus faible »

L’agence de notation a placé la note du Crédit Mutuel Arkéa en perspective négative pour tenir compte des multiples incertitudes sur son avenir en dehors du Crédit MutuelCapture d’e?cran 2018-04-19 a? 11.40.24.png

Arkéa n’est pas considérée comme une petite banque au niveau européen, mais elle devra faire la preuve de la résilience de son modèle économique en dehors du groupe mutualiste.

Le sens de l’histoire en Europe pousse plutôt à la consolidation. Dans ce contexte une petite banque a-t-elle un avenir ?

Le sens de l’histoire en Europe, c’est que quelques grands groupes dominent le marché dans chaque pays. En France, le mouvement a été mené à bien avant la crise financière (rapprochements Crédit Lyonnais et Crédit Agricole, Paribas et BNP, Crédit Foncier et le groupe Caisse d’Epargne, etc.). En Europe du Sud ou en Allemagne, le mouvement est le même, quoique plus lent.

Les régulateurs bancaires ont également vu d’un bon oeil cette consolidation, convaincus qu’il est plus aisé de réguler un nombre limité de grands groupes plutôt qu’une myriade de petits. Les coûts réglementaires et informatiques au sens large sont aujourd’hui plus importants qu’il y a quinze ans, et rentabiliser cette base de coût incite à une taille plus importante.

Les petits groupes sont donc voués à être moins rentables ?

Non, ce n’est pas une règle absolue. Il existe de petites banques rentables car concentrées sur une activité de niche où elles ont une vraie valeur ajoutée par rapport aux généralistes, comme des banques privées, des boutiques de M&A ou de gestion d’actifs.

Crédit Mutuel Arkéa ne rentre pas dans cette catégorie….

En effet, Crédit Mutuel Arkéa a développé depuis longtemps des activités complémentaires à la banque de détail, comme du BtoB ou une banque en ligne, mais le gros de son activité reste concentré sur la vente de produits bancaires et assurantiels traditionnels.

Notons toutefois qu’Arkéa n’est pas une petite banque au plan européen. Sa taille correspond aux numéros 6 ou 7 du marché espagnol et italien. Et force est de constater qu’elle est aujourd’hui rentable, bien capitalisée et diversifiée.

Cela présage-t-il de la solidité d’Arkéa en dehors du groupe Crédit Mutuel ?

Si Arkéa se trouvait demain en situation de totale indépendance, son coût de refinancement augmenterait certainement car elle ne bénéficierait plus du mécanisme de solidarité du Crédit Mutuel. La pression concurrentielle pourrait aussi évoluer en Bretagne et les coûts réglementaires augmenter.

L’avenir est difficile à prévoir mais, si Arkéa sortait du groupe Crédit Mutuel, sa rentabilité pourrait à terme être un peu plus faible. Arkéa n’a pas encore totalement défini son futur modèle économique. Il y a encore beaucoup d’inconnues, ce que reflète la perspective négative sur sa note.

L’indépendance d’Arkéa présente-t-elle un risque pour la stabilité financière ? Peut-elle nourrir des velléités d’indépendance d’autres groupes mutualistes français ?

A priori, cela ne représente pas de risque systémique pour la stabilité financière. Aujourd’hui, le sujet est essentiellement interne au Crédit Mutuel. La sortie d’Arkéa du groupe peut certes changer la dynamique compétitive en Bretagne, mais pas la donne au niveau national. Concernant un éventuel effet d’entraînement, le risque reste pour l’instant extrêmement limité : il y a moins de déséquilibres de taille entre les caisses régionales des autres groupes mutualistes que sont BPCE et Crédit Agricole qu’entre les fédérations du Crédit Mutuel.

Sharon Wajsbrot
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Le rythme des fermetures d’agences bancaires doit quadrupler en France

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+ VIDEO. La digitalisation du secteur va aller de pair avec une accélération des fermetures d’agences en France. Sia Partners estime que 12,6 % des points de vente doivent baisser leur rideau d’ici à 2020.

Si les banques françaises ont commencé ces dernières années à fermer, voir regrouper, certaines de leurs agences,  le phénomène n’en est qu’à ses débuts . C’est la conclusion d’une projection réalisée par le cabinet Sia Partners qui, après avoir passé au crible les stratégies des établissements en Europe, table sur la fermeture de 12,6 % des points de vente des banques françaises d’ici à fin 2020, soit une multiplication par quatre du rythme de fermetures d’agences observé en France entre 2012 et 2016.

« On constate que les fermetures d’agences ont été beaucoup plus modestes en France que dans d’autres pays européens ces dernières années alors que la fréquentation a décliné partout, nous attendons donc un phénomène de rattrapage en France », explique Damien Schmitt, senior manager chez Sia Partners.

VIDEO. Les GAFA vont-ils remplacer nos banques ?

La souscription digitale va changer la donne

De fait, entre 2012 et 2016, les banques françaises ont fermé 3 % de leurs agences contre 24 % pour les acteurs espagnols, 12 % pour les banques allemandes et 11 % pour les Italiens. Ces différences tiennent beaucoup aux spécificités de chaque pays : l’Espagne a été touchée plus fortement par la crise et la densité de points de vente des banques espagnoles est l’une des plus importantes en Europe.

Dans deux ou trois ans, lorsque les banques auront terminé la digitalisation de leur parcours clients, les volumes de souscription en agence vont radicalement baisser

La France, par ailleurs, affiche une grande dispersion de la création de richesse sur le territoire. De quoi convaincre les banquiers de laisser des points de vente disséminés un peu partout dans l’hexagone. Mais la digitalisation devrait rapidement changer la donne : « aujourd’hui 80 % à 90 % de la souscription de produits bancaire sont réalisés dans les agences. Dans deux ou trois ans, lorsque les banques auront terminé la digitalisation de leur parcours clients, les volumes de souscription en agence vont radicalement baisser », pointe Damien Schmitt. Pour mémoire, BNP Paribas s’est fixé pour objectif de réaliser 50 % de ses souscriptions de produit de façon digitale d’ici à 2020.

Des similitudes avec l’Allemagne

Pour s’adapter, les banques françaises vont logiquement accélérer la cadence des fermetures. Société Générale a déjà commencé : en novembre dernier, elle avait annoncé  une centaine de fermetures supplémentaires par rapport à ses prévisions, d’ici 2020 . « Il devrait y avoir beaucoup de similitudes avec l’exemple allemand puisque la création de richesse est aussi dispersée dans beaucoup de petites villes », estime Damien Schmitt. Outre-Rhin, à la faveur des restructurations déjà menées, la densité d’agence bancaire par millions habitants est tombée à 387, contre 549 en France, selon Sia Partners.

Les agences d’Ile-de-France parmi les plus exposées

Pour continuer de réduire la voilure sans perdre de terrain face à la concurrence, les banques devraient renforcer la spécialisation de leurs agences sur des produits, des clientèles spécifiques, voire sur des horaires restreints, « dans certaines zones géographiques cela permet de garantir une présence commerciale puisque la proximité reste le premier vecteur d’acquisition de clients », indique Damien Schmitt.

Les établissements qui concentrent une forte présence en Ile-de-France – entre autres  BNP Paribas , Société Générale et LCL – risquent d’être les plus touchés : « cette région est beaucoup plus exposée aux nouveaux acteurs et aux usages digitaux », rappelle Damien Schmitt. De fait, entre 2012 et 2016, c’est BNP Paribas qui a fermé, proportionnellement, le plus de points de vente en France, devant Société Générale, puis LCL.

Sharon Wajsbrot
@Sharonwaj

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Arkéa s’est démarqué ces dernières années par cette volonté de financer et d’accompagner les FinTech françaises

 

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Le 10 avril se tient la Fintech R:Evolution à la Station F, organisée par France Fintech. L’occasion de s’enorgueillir des quelque 260 start-ups financières françaises, mais également de s’interroger sur les difficultés de croissance rencontrées par celles-ci.

Des FinTech françaises sous-capitalisées en mal de partenaires

Si l’on juge de l’état de santé d’un secteur par le taux de croissance des investissements qu’il génère, l’avenir des FinTech françaises s’annonce radieux : leurs levées de fond ont bondi de 55 % entre 2015 et 2017 . Principaux bénéficiaires des deux dernières années : Tinubu Square (gestion de risque de crédit commercial), Younited Credit (crédit en ligne), PayFit (gestion de paie), Quonto (néobanque) et récemment Lydia (paiement). Pourtant, le caractère modeste du montant des levées de fond est révélateur d’une faiblesse de la FrenchTech : l’incapacité à faire croître rapidement de jeunes pousses par un soutien financier approprié.

Les FinTech britanniques semblent logées à bien meilleure enseigne. 7 des 10 plus importantes levées de fonds FinTech en 2017 concernent des start-ups londoniennes. Les start-ups financières britanniques ont bénéficié de prises de participation par des sociétés de capital-risque à hauteur de 1,65 milliard de dollars. En comparaison, la France fait office d’acteur mineur, avec seulement 170 millions de dollars levés. Un chiffre surprenant, d’autant que le secteur financier français joue un rôle important dans la création nationale de valeur (4 % au PIB) et supporte 800 000 emplois. La faiblesse des financements ne semble pas non plus liée à un problème de positionnement : les solutions françaises couvrent tout l’éventail de l’offre FinTech (néobanque, service de paiement, assurtech, blockchain…).

Accompagnement et financement au coeur d’un french paradox

À l’échelle européenne, les FinTech françaises font figure de modèles de pérennité malgré des levées de fonds très modestes. Ce paradoxe s’explique par les particularités des systèmes français d’accompagnement et de financement .
Dans leur cycle de vie, les start-ups hexagonales ont recours tardivement aux levées de fonds, car elles bénéficient de dispositifs étatiques de soutien à l’activité (subventions, prêt, crédits d’impôt) et d’accompagnements (BPI France, incubateurs, statut de jeune entreprise innovante…).

Elles sont accompagnées dès la phase de R&D, et bénéficient les premières années de financements graduels et adaptés à leurs projets. Une fois incubées, les FrenchTech rencontrent des difficultés à trouver des sources de financement dans la période charnière des 3 à 5 ans, phase de leur cycle de vie où les aides publiques ne suffisent plus à assurer leur développement et où leur volume d’activité ne leur permet pas d’attirer les investisseurs étrangers. Ces derniers tendent en effet à financer des offres disruptives et des business model comportant un fort potentiel de croissance.

Le modèle anglo-saxon intègre a contrario peu de soutien étatique. Les premiers investissements externes y surviennent généralement très tôt après la phase de R&D. Les fonds de capital-risque abondent collectivement au capital des start-ups les plus prometteuses, contribuant à leur surcapitalisation par rapport au potentiel des solutions développées. Les pépites britanniques ne possèdent ni la maturité ni les compétences internes pour assumer le niveau de croissance qui s’ensuit (manque d’expérience dans le domaine d’activité, concept non scalable, difficultés de management ou de gestion, etc.), conférant à ce modèle d’investissement un caractère fortement spéculatif.

L’offre française d’accompagnement parvient à pérenniser ses pépites, mais les faiblesses du modèle de financement rendent difficile la montée en charge de leurs activités. Il ne semble cependant pas souhaitable de renoncer à l’accompagnement à la française au profit de l’obsession anglo-saxonne pour le financement . Entre les deux modèles existe une alternative sous-exploitée : celle de la collaboration des FinTech avec les acteurs financiers, industrie bancaire en tête.

Le laborieux virage FinTech des banques françaises

Les FinTech françaises souffrent de leur sous-financement autant que des perspectives de rachats opportunistes par des acteurs du secteur bancaire traditionnel. Malgré leur faiblesse relative, l’irruption des start-ups crispe les acteurs traditionnels du secteur financier français. Ces derniers ont assisté en l’espace de quelques années à l’émergence de start-up pure players, parvenant à répliquer leurs offres à moindre coût, à surtraiter sans contrepartie leur relation client, à jouer un rôle central dans les mutations de leurs front, back, et middle office, à programmer des services de gestion de portefeuille et de patrimoine par des IA sans masse significative de données clients… Autant de signes anxiogènes, faisant planer sur le secteur l’ombre de l’ubérisation. Néanmoins, les FinTech, par leur capacité à produire des solutions agiles et innovantes, font plutôt figure de ressources à la nécessaire transformation des modèles bancaires français que de concurrents directs.

Malgré des synergies évidentes entre puissance financière des banques et capacité d’innovation des nouveaux entrants, l’appropriation des solutions et des caractéristiques des FinTech par les grands groupes bancaires laisse à désirer en France. Les rachats de Nickel par la BNP Paribas, de Fidor par la BPCE ou de KissKissBankBank par La Banque Postale s’inscrivent dans des logiques d’appropriation de compétences et de restriction du champ des concurrents potentiels, au risque de stériliser l’innovation au sein de leurs cibles. Plutôt que de jouer la carte de l’agilité et de la coopération au service de la cocréation d’offres innovantes, les acteurs traditionnels semblent enclins à maintenir leur logique de concentration.

Le psychodrame qui se joue actuellement au sein du Crédit Mutuel entre le CM11-CIC, principal groupe bancaire du géant mutualiste et Arkéa est emblématique de cette tendance. Seulement 7e banque française par son bilan financier, Arkéa s’est démarqué ces dernières années par cette volonté de financer et d’accompagner les FinTech françaises , faisant d’elle leur principal pourvoyeur avec 28 % des investissements totaux. Younited Credit, Leetchi, Linxo, Fluo, Grisbee, Yomoni, Pumpkin ou encore MaSuccession.fr ont ainsi bénéficié de financements conséquents d’Arkéa, mais aussi d’accompagnements spécifiques permettant de sécuriser ces investissements.

Le CM11-CIC, bien plus discret en la matière, s’est surtout focalisé -, et cela plutôt à contretemps -, sur l’uniformisation et la centralisation de ses process internes, dans un esprit à peu près inverse à celui d’Arkéa. Difficile de ne pas lire dans cette opposition entre le Crédit Mutuel et Arkéa la tension entre conservatisme sclérosant et volonté d’innover.

@Fabien_Giuliani

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Avis de tempête pour les champions français de la tech

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BlaBlaCar à bout de souffle, Giroptic en faillite, Sigfox en panne de croissance, Criteo chahuté en Bourse… Les stars de la French Tech peinent à transformer l’essai et à générer du chiffre d’affaires.

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Arkea. « Leur agressivité, c’est inacceptable »

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Le ton continue de monter entre les dirigeants de la Confédération nationale de Crédit mutuel (CNCM) et le Crédit mutuel de Bretagne-Arkea. Dans Le Monde de ce dimanche, une administratrice indépendante de la CNCM s’en prend violemment au groupe bancaire breton.

C’est la première fois que Catherine Barbaroux (photo), qui fut secrétaire générale d’En Marche avant la présidentielle, s’exprime sur le dossier Arkea. Elle est aujourd’hui administratrice indépendante « bénévole » de la CNCM. Sa charge est forte : « Entendre Arkéa dire “on nous empêche de nous développer”, leur mise en cause permanente de la Confédération nationale du Crédit mutuel, leur agressivité, c’est inacceptable », dit-elle dans Le Monde. « c’est même injurieux pour des personnes comme moi qui mettent en jeu leur honorabilité, et je ne veux plus me laisser injurier », prévient-elle.
Elle précise : « Je ne touche pas de jetons de présence, je suis bénévole, mon mandat est totalement désintéressé, je ne suis animée que par l’envie d’accompagner une banque des territoires. » Sur le fond du dossier, Catherine Barbaroux dit « ne pas à trouver un fondement à l’attitude belliqueuse du Crédit mutuel Arkéa ». « Lorsqu’on met les choses à plat, je ne vois pas ce qui pourrait brimer Arkéa dans le fonctionnement de la Confédération. Personne ne met en cause leur façon de faire », dit-elle. « Nous sommes dans l’irrationnel. Je ne vois qu’un procès d’intention. Peut-être que le président d’Arkéa, Jean-Pierre Denis, aimerait mieux être le premier dans son village que le second à Rome. » Elle poursuit : « Je me sens très désarmée face à ce conflit : c’est une guerre d’usure que mène Arkéa, avec un projet destructeur ».
© Le Télégramme

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Fintech : attention à la bulle

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Les start-up de la tech ont la cote : tant mieux. Healthtech, fintech, foodtech et autres frenchtech attirent de plus en plus d’investisseurs, qui voient dans le développement de ces jeunes pousses innovantes autant d’opportunités de retours financiers intéressants. Après deux milliards de dollars levés en 2016, la French Tech a ainsi réalisé des levées de fonds record en 2017, avec 3,185 milliards de dollars.

Depuis 2013, les fonds investis au niveau mondial dans les pépites de la tech ont été multipliés par cinq. Le secteur de la fintech est particulièrement prisé : au cours des six premiers mois de l’année 2017, près de 500 opérations ont cumulé quelque 8 milliards de dollars en faveur des start-up de la finance. 26 « licornes » seraient ainsi valorisées à plus d’un milliard de dollars dans ce secteur. S’il faut se féliciter de ces succès, la surchauffe guette.

Vers une bulle financière??

C’est l’ex-président de la Banquecentrale européenne (BCE) qui le dit : « Le risque d’éclatement de bulle financière au niveau mondial est très sérieux », a récemment mis en garde Jean-Claude Trichet. « Le détonateur n’a pas explosé de lui-même, mais l’explosif est potentiellement là », insiste-t-il, considérant que « ?nous sommes aujourd’hui dans une situation plus vulnérable qu’elle ne l’était en 2007-2008. »

Selon de nombreux experts, le secteur de la fintech est le plus susceptible de connaître l’explosion d’une bulle, à l’image de celle qui a éclaté autour d’Internet à la fin des années 2000. Il y a, en effet, de quoi s’inquiéter. En seulement cinq ans, lesinvestissements des fonds et des industriels de la finance dans les fintech ont été multipliés par 10 à l’échelle mondiale, passant de 1,8 milliard de dollars en 2010 à 19 milliards en 2015.

Pour Mark Tluszcz, PDG de Mangrove Capital, l’un des premiers investisseurs dans Skype, « les investisseurs ont misé aveuglément beaucoup d’argent sur ce secteur. » Selon lui, la fintech est bien une bulle, et les investisseurs courent après des rendements « illusoires ». « Toutes les mauvaises habitudes liées à l’argent seront exposées au cours des prochaines années? », prophétise celui qui ne voit « pas d’issue » au phénomène. La fintech irait-elle droit dans le mur??

La boulimie d’Arkéa pour les fintech

La vigilance s’impose donc — au minimum. Pourtant, certains établissements financiers semblent placer une confiance sans bornes dans ce secteur, au risque de se retrouver exsangues. C’est le cas, par exemple du Crédit Mutuel Arkéa. La boulimie de la banque pour les fintech ne semble en effet pas connaître de limites. Après avoir racheté 86% du capital de la cagnotte en ligne Leetchi en 2015, pour plus de 50 millions d’euros, Arkéa a fait, en 2017, l’acquisition de 80% du capital de Pumkin, une fintech spécialisée dans le paiement par mobile, qui cible particulièrement les jeunes.

En 2016, le groupe mutualiste avait également acquis une participation de 28% dans Vivienne investissement, une société de gestion quantitative qui a lancé des « robots-conseillers », des logiciels de gestion automatisés basés sur des algorithmes et le big data. Le « Lab » d’Arkéa s’enorgueillit aussi de compter en son sein les fintech Yomoni ou Linxo.

Pour sa défense, Arkéa n’est pas la seule à foncer tête baissée sur la première fintech venue. BNP Paribas a mis la main, en 2017, sur Compte-Nickel, une start-up qui permet d’ouvrir un compte courant en quelques minutes dans un bureau de tabac. La transaction s’élèverait à 200 millions d’euros. Toujours en 2017, la banque française prenait également des parts dans la fintech belge Gambit Financial Solutions spécialisée dans la mise en œuvre de « robot-conseiller ». De son côté, la BPCE n’est pas en reste : les fintech Le Pot Commun, Payplug et Dalenys sont toutes entrées dans l’escarcelle du deuxième groupe bancaire de France.

De l’importance de diversifier ses placements

Si Arkéa n’est donc pas la seule banque à priser les fintech, aucun autre acteur ne semble investir aussi massivement dans le secteur. Diversifier ses placements et investissements apparaît pourtant comme l’une des règles essentielles quand on souhaite répartir et minimiser ses risques. « On ne met pas tous ses œufs dans le même panier », dit l’adage. Investir dans divers secteurs d’activité serait faire preuve d’élémentaire prudence et lisser les risques de son portefeuille.

Une prudence dont la banque aurait bien besoin quand on sait que le contexte ne joue pas en sa faveur. Les dirigeants d’Arkéa ont en effet annoncé, en janvier, vouloir quitter le navire du Crédit Mutuel et voler de leurs propres ailes. Les caisses locales de labanque mutualiste doivent se prononcer avant la fin juin mais les incertitudes règnent sur l’issue de cette démarche. Une chose est sûre, cependant : si Arkéa quitte le Crédit Mutuel, sa notation baissera — Moody’s l’a d’ailleurs placée sous perspective négative — et la nouvelle entité sera moins solvable.

Le risque existe bel et bien : de nombreuses « pépites » nous quittent chaque année. En 2017, TakeAway, la start-up lyonnaise qui avait sauvé près de 60 tonnes de nourriture grâce à l’utilisation de doggy bags, mettait ainsi – sans crier gare – la clé sous la porte. Tout comme Tripndrive, start-up spécialisée dans la location de voitures entre voyageurs ou encore Blitzr, la start-up qui voulait devenir le Google de la musique.

Aussi prometteuses soient-elles à leurs débuts, aucune start-up n’est à l’abri d’une mésaventure. Pour ce qui est de la fintech, le cas de Morning est criant : en raison d’un conflit avec son actionnaire principal, la Maif, la start-up qui voulait « réveiller la banque […] en s’appuyant sur le digital et les nouveaux modes de consommation collaboratifs » est passée à deux doigts de la faillite. Pour de nombreux experts, cet épisode est révélateur « des relations pas toujours simples entre start-up, en l’occurrence fintech, et grands groupes ». Sauvée par la banque Edel début 2017, l’entreprise toulousaine restera, malgré tout, le symbole de la fragilité à laquelle peuvent être en proie les fintech.

Chronique de 
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la secrétaire d’état questionnée par la député Valérie RABAULT sur ARKEA

 

 

 

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Valérie Rabault

Ma question porte sur la stabilité du secteur mutualiste, notamment au regard du souhait récemment exprimé par le Crédit mutuel Arkéa de faire sécession du groupe Crédit Mutuel. Ce souhait de sécession suscite plusieurs questions.

Tout d’abord, confirmez-vous que le Gouvernement n’a pas l’intention de modifier la loi existante concernant les établissements mutualistes ? Dans ce cas, confirmez-vous que si la société Arkéa se séparait du groupe Crédit Mutuel, ses sociétaires perdraient aussitôt ce statut ? Vos services se sont-ils assurés que l’ensemble des sociétaires d’Arkéa ont bien compris cette conséquence d’une éventuelle sécession ? Cette vérification est primordiale pour éviter par la suite tout recours lié à une mauvaise information des sociétaires.

Ensuite, en tant que régulateur du secteur bancaire français, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, l’ACPR, a-t-elle apprécié les risques de crédit, de liquidité et de taux qui résulteraient de la sécession d’Arkéa ? Si cette étude a été menée, le Gouvernement peut-il en révéler les conclusions ? Dans le cas contraire, pouvez-vous nous indiquer pourquoi, et le Gouvernement s’engage-t-il à la réaliser ?

Enfin, bien que la relation qui lie Arkéa au groupe Crédit mutuel relève du droit privé, l’ACPR est en droit d’apprécier l’évolution des risques bancaires – de marché, de taux, de liquidité – qui seraient susceptibles de résulter de cette séparation pour l’ensemble du système bancaire français, et notamment du secteur mutualiste. Sur ce point, pouvez-vous nous apporter des précisions ?

Mes questions sont très précises ; j’espère vraiment que les réponses le seront tout autant.

Delphine Gény-Stephann, secrétaire d’état auprès du ministre de l’économie et des finances

Madame la députée, le Gouvernement suit attentivement les développements du différend qui oppose la Confédération nationale du crédit mutuel et Crédit mutuel Arkéa, mais il n’a pas vocation à arbitrer ce conflit, qui relève d’une divergence de vues stratégique et commerciale. Nous souhaitons toutefois que, dans toute la mesure du possible, ce différend soit résolu à l’amiable, d’une façon qui satisfasse l’ensemble des parties prenantes, sous le contrôle du superviseur bancaire.

Nous prenons note de la consultation en cours des administrateurs de caisse du Crédit mutuel Arkéa sur l’opportunité d’une scission. Nous souhaitons qu’elle apporte toutes les garanties d’impartialité et d’objectivité nécessaires. Les administrateurs et sociétaires des caisses du Crédit mutuel Arkéa doivent être dûment informés des conséquences d’une scission, pour les sociétaires comme pour les clients et épargnants. Des précisions doivent notamment être apportées sur les modalités juridiques de la mise en oeuvre d’une telle évolution.

Le Gouvernement exclut toute évolution du cadre législatif applicable aux groupes mutualistes. Une modification pourrait l’affaiblir, au moment où nous devons, au contraire, veiller à préserver son intégrité afin de mieux en défendre les spécificités au niveau européen.

Christian Noyer a conduit une mission de médiation, qui a montré que des voies d’évolution à cadre législatif constant existaient. Ce sont ces pistes qu’il convient d’envisager de suivre de manière privilégiée, sous le contrôle de l’ACPR.

Il appartient donc aux parties prenantes de préciser les modalités d’une séparation, et d’en discuter avec l’autorité de contrôle afin que celle-ci apprécie et donne son agrément à ce nouveau schéma.

Valérie Rabault

Je comprends donc que le Gouvernement n’envisage pas de modifier la loi, et qu’en conséquence, s’il y a scission – à l’issue d’une discussion qui relève effectivement du droit privé – , les sociétaires d’Arkéa perdront ce statut, puisque le nouvel établissement ne pourra pas bénéficier des spécificités du statut d’établissement mutualiste.

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Crédit Mutuel Arkéa : la grève (et la polémique ? ) ont raison de la manif

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Un collectif de salariés de la banque mutualiste a annulé la manifestation organisée à Paris ce jeudi, officiellement à cause des difficultés dans les transports. La démarche avait été critiquée par des syndicats et les opposants au projet de scission et d’abandon de la marque Crédit Mutuel porté par la direction. Les résultats du vote des caisses locales sur le principe de l’indépendance seront connus mi-avril.

La grève à la SNCF a peut-être permis d’apaiser momentanément les tensions au sein du Crédit Mutuel Arkéa, le groupe bancaire breton dont la direction souhaite engager la séparation de l’ensemble Crédit Mutuel. Un collectif de salariés, baptisé Indépendance pour Arkéa, avait organisé une manifestation à Paris ce jeudi 5 avril. Des critiques s’étaient élevées chez d’autres salariés et des syndicats contre une manifestation derrière laquelle semblait se trouver la direction du groupe : la DRH avait assuré que « le temps passé à la manifestation constitue du temps de travail effectif » et que les repas seraient « pris en charge » par l’entreprise.

Le week-end dernier, ce collectif a décidé d’annuler la manifestation, ce dont les salariés ont été informés par mail.

« Malgré les vents contraires, nous étions plus de 6.000 prévus entre Bastille et Bercy, prêts à exprimer haut et fort notre attachement à notre groupe et à notre liberté. Les autorités responsables de la sécurité et de la circulation nous ont contactés pour nous demander de reporter notre rassemblement, compte-tenu de la situation très critique des transports en Île-de-France et sur les rails la semaine prochaine et particulièrement jeudi. »

Et d’ajouter :

« Face à cette situation de force majeure, nous avons à contre-cœur pris la décision de décaler notre rassemblement à une date ultérieure, qui vous sera communiquée très prochainement », explique ce courriel interne daté de samedi. »

Polémique et « pressions »

Le collectif assure que ce n’est « que partie remise » et qu’une nouvelle date sera déterminée très bientôt. Ce projet de manifestation à Paris a suscité une certaine incompréhension : pourquoi Paris et Bercy en particulier ?

« On veut que l’État nous aide à organiser notre indépendance », a expliqué une porte-parole du collectif, Anne-Katell Quentric-Roth, au Télégramme. « Il n’y a pas de précédent. On est dans l’innovation financière. On ne peut pas le faire seul. Il faut une co-construction, avec de la bienveillance des pouvoirs publics. »

Jusqu’ici le gouvernement, le Trésor et la Banque de France (ACPR) ont exprimé leur opposition à une scission et à la création d’un nouveau groupe bancaire mutualiste indépendant, abandonnant l’ombrelle juridique et prudentielle du Crédit Mutuel, ainsi que la marque.

Si la pétition en ligne « Avis de tempête sur Arkéa » a recueilli près de 40.000 signatures et le soutien de nombreuses personnalités de l’écosystème du numérique et de l’économie bretonne, le projet de scission continue de diviser en interne. L’organisation de la manifestation a suscité la polémique, révélatrice de cette fracture au sein des employés pro et anti.

« Les pressions sont très fortes pour que les salariés participent [à la manifestation], parfois des menaces à peine déguisées, et les choses dérapent complètement », confiait le mois dernier un représentant syndical CFDT, l’organisation majoritaire.

Résultat des votes mi-avril, séparation effective en 2020

Le groupe Arkéa dément :

« Il n’y a eu aucune pression. Le rassemblement est organisé par un collectif de salariés, évidemment avec le soutien logistique de l’entreprise. Il n’est pas annulé mais reporté« , insiste une porte-parole de la direction, qui observe la large adhésion : près de 6.000 inscrits sur des effectifs de près de 10.000 salariés.

C’est dans ce climat guère serein que se déroule la consultation des caisses locales du Crédit Mutuel Arkéa sur le principe de l’indépendance, qui a commencé le 23 mars dernier. Les 30 caisses du Crédit Mutuel du Massif central ne participeront pas, sur décision du président de la fédération qui souhaite rallier le groupe CM11-CIC (le plus puissant groupe régional de l’ensemble mutualiste). Les 221 caisses de Bretagne et les 80 caisses du Sud-Ouest vont toutes voter d’ici à la mi-avril : les premiers résultats de ce vote « de pure orientation » seraient (sans surprise) en faveur de l’indépendance. Il s’agira ensuite d’organiser la séparation : un autre vote, sur un schéma juridique précis sera organisé à la rentrée de septembre.

Selon le dossier d’une centaine de pages adressé aux caisses locales, que nous avons pu consulter, Arkéa envisage « une mise en œuvre effective cible au 1er janvier 2020. »

Delphine Cuny

@DelphineCuny

LA TRIBUNE

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Arkéa. Pas de manifestation et des incertitudes

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Il n’y aura pas de manifestation, le jeudi 5 avril. C’est ce qu’a annoncé le « collectif indépendance pour Arkéa » qui en avait pris l’initiative.

Pourtant, tout s’annonçait bien, la direction ayant l’intention de prendre en charge les frais de transport, l’absence des salariés étant même considérée comme « une journée de travail ». C’était sans compter avec les grèves SNCF et autres perturbations attendues dans la circulation parisienne. Ce n’est que partie remise, promettent les organisateurs, sans pour cela fixer une autre date. Il est vrai que ce report incite à s’interroger sur la finalité de ce « rassemblement ».

 

S’il s’agit de proclamer son adhésion au projet consistant à rompre le lien historique entre Arkéa et le Crédit Mutuel, pourquoi aller se faire entendre jusque sous les fenêtres du ministère de l’Économie et des Finances, ce qui était l’intention affichée ?

Vide juridique

« On veut que l’État nous aide à organiser notre indépendance, » explique Anne-Katell Quentric-Roth, une porte-parole du collectif. « Il n’y a pas de précédent. On est dans l’innovation financière. On ne peut pas le faire seul. Il faut une co-construction, avec de la bienveillance des pouvoirs publics ».

Curieusement, l’inquiétude latente ainsi exprimée est à l’opposé de la mâle assurance des dirigeants d’Arkéa qui ont engagé une première consultation consistant pour les 331 caisses locales à se prononcer sur le principe d’un processus pouvant conduire à « l’indépendance ». Elle devrait s’achever autour du 15 avril. En cas d’approbation – pour le moment, elle ne fait guère de doute – un second vote porterait sur les modalités de la rupture avec la Confédération du Crédit Mutuel. En fait, les manifestants auraient probablement laissé de marbre le gouvernement, l’idée même de la séparation telle que la réclame Arkéa, sans précédent dans l’histoire des banques mutualistes, ne l’enthousiasmant guère.

Pour les pouvoirs publics, c’est la cohérence du dispositif actuel qui garantit la meilleure « robustesse », notamment en cas de crise sectorielle ou systémique. Si le vote des caisses est suffisamment massif, rien ne devrait pourtant s’opposer, a priori, compte tenu du vide juridique, au décrochage d’Arkéa.

Parcours d’obstacles

En revanche, il lui faudra s’engager dans un véritable parcours d’obstacles, afin de conserver la licence bancaire auprès du superviseur national et de la Banque Centrale Européenne qui se montreront pointilleux sur les conditions à remplir pour cela. Au point que chacune des 331 caisses locales pourrait être contrainte finalement d’effectuer individuellement la demande d’agrément.

De plus, si le statut mutualiste dépend des liens avec les caisses locales, il sera encore plus difficile pour Arkéa de conserver le statut d’établissement coopératif. Il est en effet conditionné par le rattachement à un « organe central », rôle que joue actuellement la Confédération du Crédit Mutuel. C’est cet organe central, reconnu par la loi, qui assure les garanties prudentielles (autrement dit financières) permettant d’assurer pleinement l’activité bancaire.

Quelle alternative ?

Le gouvernement ayant indiqué qu’il ne voulait pas modifier la loi, Jean-Pierre Denis, le président d’Arkéa, a donc fait savoir qu’il travaillait à une solution alternative, permettant à son établissement d’exercer la fonction « d’organe central ». Sans davantage dévoiler ses cartes. Ce qui conduit à constater que les administrateurs des Caisses locales votent actuellement sur le principe d’un projet dont ils ne connaissent ni les modalités ni même la faisabilité.
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